L’application, lancée ce vendredi, apportera une aide concrète aux victimes de cyberharcèlement à l’école ou au travail.

Le cyberharcèlement, qu’il soit scolaire, sexuel ou professionnel, est un véritable problème de société. Au-delà de la sensibilisation au phénomène, c’est une solution concrète pour les victimes que le projet Cyber Help veut apporter. Initiée par le bourgmestre montois Nicolas Martin, l’idée a fait son chemin et l’application sera lancée officiellement ce vendredi par plusieurs partenaires dont la police fédérale, l’Université de Mons, la Fédération Wallonie-Bruxelles, l’ASBL Sors de ta bulle et Child Focus.

Le commissaire Olivier Bogaert de la Federal Computer Crime Unit et le psychopédagogue Bruno Humbeeck, tous les deux à la tête du projet, ont accepté de le présenter en exclusivité pour La DH.

"C’est un nouveau radar, un moyen efficace qui permet de surveiller les cas de cyberharcèlement et de voler au secours des jeunes qui en sont victimes. Grâce à cette application, qu’il suffit de télécharger, les victimes pourront immédiatement activer un bouton qui permettra une capture d’écran de tout l’historique de conversation avec le harceleur", précise Olivier Bogaert.

"Un second bouton permet d’entrer en contact avec les personnes de référence du milieu dans lequel évolue la victime. Pour cela, il faut que les écoles, les entreprises, les communes, etc. acceptent de participer à ce Cyber Help. Un jeune qui se retrouve victime de harcèlement sur les réseaux verra son dossier, composé de la capture d’écran de toute la conversation et de ses précédents, immédiatement envoyée aux personnes référentes dans l’école. Des personnes avec qui il pourra aussi être mis en contact", poursuit Bruno Humbeeck.

En adhérant au projet, les écoles s’engagent à créer un conseil d’éducation disciplinaire qui sanctionnera systématiquement les faits de harcèlement ainsi communiqués. "Que ce soit par un avertissement suivi d’une autre sanction, l’idée est de montrer à l’auteur que ses actes ne restent pas impunis", poursuit le psychopédagogue.

Au niveau judiciaire, l’application Cyber Help promet également une prise en charge plus rapide des affaires de harcèlement tant par les services de police que les magistrats, comme l’explique Olivier Bogaert.

"L’application permet une capture automatique de l’historique des échanges. C’est beaucoup plus simple pour les services de police de disposer de ce dossier une fois que la victime dépose plainte. Souvent, il est demandé à la victime d’apporter des captures d’écran, ce à quoi elle ne pense pas toujours. Avec cette application, le dossier est complet. Le magistrat qui le reçoit n’est pas obligé de lancer les requêtes auprès des gestionnaires des réseaux sociaux à travers lesquels le harceleur a agi. On le sait, ce sont des demandes qui prennent beaucoup de temps. Bien souvent, les devoirs d’enquête sont alors trop lourds et on ne sait trop souvent plus rien faire. Avec cette application, cela ira beaucoup plus vite", assure le commissaire Bogaert.

Les deux spécialistes résument le lancement de cette application par une réponse désormais concrète au cyber-harcèlement. "Cela aura aussi un effet dissuasif chez les auteurs potentiels. En sachant que leur école, ou leur entreprise pour les adultes, participe à ce projet, ils connaissent les risques encourus si la victime active l’alerte sur son téléphone. Cela peut aussi pousser les autres membres d’un groupe à activer l’alerte. C’est effectivement un nouveau radar et il est unique en Europe", termine Bruno Humbeeck.

12 000 enfants dans une bulle

Sors de ta bulle s’engage à devenir le porte-parole de Cyber Help dans les écoles.

Lancé par Ralph Vankriekelveldt l’an dernier, le projet Sors de ta bulle est partenaire du lancement de l’application Cyber Help. Approuvé par la Fédération Wallonie Bruxelles, ce projet a pour but de parler du cyber-harcèlement dans les écoles à travers des témoignages et des conseils d’influenceurs, ces stars du web, très suivies par les jeunes sur les réseaux sociaux. Le tout, sous une bulle, que le concepteur, Ralph Vankriekelveldt, déplace dans chaque établissement scolaire visité.

Dès ce lundi 3 février, Sors de ta bulle deviendra le porte-parole de l’appli Cyber Help (voir article ci-contre sur son lancement) dans les écoles. “Plus de 12 000 enfants de la Fédération Wallonie-Bruxelles seront directement touchés cette année par notre message puisque nous allons réaliser pas moins d’une centaine de sorties dans les écoles avec notre bulle. Les établissements qui veulent participer peuvent encore nous contacter pour l’année 2020”, ajoute le concepteur, CEO de Movitown. Ses influenceurs, accompagnés de psychologues et de sexologues lors des visites dans les écoles, s’engagent également à devenir des citoyens référents en matière de cyber-harcèlement auprès des jeunes.

Plus de huit influenceurs sur dix ont déjà aidé un jeune en détresse sur les réseaux sociaux via une discussion en message privé. Au niveau des cas de harcèlement rencontrés, à l’heure actuelle, nous recensons plus d’une centaine de situations non connues par les écoles et/ou les parents, dont six graves avec interventions des autorités compétentes en urgence (Police, Child Focus, etc.), précise le concepteur de Sors de ta bulle. Le compte Instagram de Sors de ta bulle reçoit trois demandes d’aides de jeunes par semaine via la messagerie instantanée, nous les redirigeons immédiatement vers les autorités compétentes après analyse de la gravité de la situation. Les échanges sont gérés par des psychologues de notre ASBL”, ajoute celui qui se réjouit du lancement de cette appllication Cyber Help : “Cela donnera davantage envie aux jeunes de la télécharger. C’est beaucoup plus motivant pour eux que de leur dire : allez dans le bureau de la direction et dénoncez tout.”