Le Parisien a révélé le contenu d'enregistrements déclassifiés, le 16 octobre 2019, par la Belgique, du seul survivant des "commandos" des attaques terroristes de 2015 à Paris.

S'il est toujours resté muet face au juge, Salah Abdeslam s'est par contre confié avec ses voisins de cellule lorsqu'il était détenu à la prison de Bruges en 2016. Des voisins de cellule bien connus puisqu'il s'agit de Mehdi Nemmouche, auteur de l'attaque du Musée juif de Bruxelles en 2014, et de Mohamad Bakkali, soupçonné d'avoir apporté son soutien dans les attaques du 13 novembre 2015. Ces communications, qui étaient détenues par la Sûreté de l'Etat belge, ont été déclassifiées en octobre 2019 et Le Parisien en dévoile aujourd'hui une partie du contenu.

Un passage au McDonald's et une interview avec une journaliste durant la fuite

Dans les échanges avec les autres codétenus, Salah Abdeslam raconte le déroulement de la soirée des attentats et la façon dont il a pris la fuite. Après avoir déposé les trois kamikazes au Stade de France, il a ainsi fui vers Châtillon (Hauts-de-Seine), avant de laisser sa voiture dans le XVIIIe arrondissement. Il raconte ensuite qu’il avait alors déjà jeté sa ceinture d’explosifs: "En fait, j’ai demandé un renseignement à un type. Il m’a regardé de la tête aux pieds: il regardait ma veste. Il voyait qu’il y avait quelque chose de bizarre […] C’était trop voyant" , explique Abdeslam, selon des propos rapportés par le Parisien.

La nuit des attentats, après un passage au McDonald's où il a pris "un Menu Fish au drive" , Salah Abdeslam est resté à l'abri dans la cage d’escalier d’un immeuble tout proche, à Châtillon. Là, il serait entré en contact avec une bande de jeunes qui fument des joints: "J’ai parlé avec eux parce qu’en fait ils avaient un appareil et, tu vois, il y avait les actualités. Ça me permettait d’être à jour. Eux, ils parlaient de ce qui se passait, moi je leur parlais des filles, de l’école, des métiers." De cette façon, Abdeslam s'est tenu au courant de ce que ses complices avaient fait au Bataclan et au Stade de France.

Plus incroyable encore: au lendemain des attaques, Salah Abdeslam a quitté Paris grâce à la complicité de deux hommes venus le chercher. En voiture, le trio regagne la Belgique. A la frontière, des barrages filtrants sont installés et Abdeslam raconte une anecdote d'un fait tout à fait incroyable survenu au troisième barrage, puisqu'ils sont interrogés par une équipe de télévision belge présente sur place et qui réalise un reportage sur l'état d'urgence installé depuis les attaques de la veille: "Elle [la journaliste] me dit : Vous trouvez normal qu’il y ait des barrages comme ça ? J’ai dit : Oui c’est normal, vu les circonstances, il faut bien renforcer les barrages hein ! J’étais à l’arrière" , confie le survivant des "commandos" des attaques de Paris.

A ce moment-là, bien sûr, personne ne connaît encore ni l'identité ni le visage de Salah Abdeslam.

La RTBF et RTL-TVI n'ont pas interviewé Salah Abdeslam

Contacté par nos confrères du Soir, Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l'information à la RTBF, assure que personne de la chaîne public n'a interrogé Salah Abdeslam le lendemain des attaques. "Seul notre journaliste David Brichard était sur place", précise-t-il. Du côté de RTL-TVI, on avance une autre théorie. "On a retrouvé, dans une des interviews réalisées à la frontière ce jour-là, un témoin qui dit exactement ce que Salah prétend avoir dit à notre journaliste", explique Laurent Haulotte. "Il a dû l'entendre chez nous et faire croire que c'était lui."