Peter Uwe Schmitt a été soumis à un long interrogatoire par le président de la cour d'assises

BRUXELLES `On va essayer de faire connaissance avec vous et d'oublier ce qu'on sait de vous à travers les journaux´, déclare le président, Luc Maes, en s'adressant à Peter Uwe Schmitt, prisonnier de sa cage de verre. Mais l'homme a des ressources et semble capable de faire face à n'importe quel raz-de-marée accusatoire. La ligne de défense n'a pas changé: l'amant diabolique nie tout en bloc. En s'exprimant dans une langue le français qu'il a eu le temps trois ans d'apprendre en prison, l'homme a réponse à tout.
Après une série d'interrogations formelles où l'on apprend notamment la grande passion pour les bateaux du capitaine Schmitt, en douceur, Luc Maes fonce sur sa proie : `Qu'est-ce qui a motivé votre rupture d'avec Aurore Martin en 1994 ?´ Avec une voix plus traînante, l'Allemand raconte que `les projets n'étaient pas les mêmes´. `Elle voulait se marier et avoir des enfants, Moi je n'étais pas prêt et j'avais encore la mort de ma femme en tête. En plus, je ne voulais pas vivre en Europe. Je voulais voyager sur des bateaux et là où il y a du soleil.´
Pour rappel, lors de l'enquête judiciaire, les psychiatres ont décrit l'Allemand comme un être `manipulateur, égocentrique, narcissique et insensible à l'angoisse d'autrui´
A la mi-1995, après plus d'une année sans contact, selon leurs dires, les tourtereaux se retrouvent pour ouvrir un compte commun au Luxembourg. A ce sujet, toujours aussi prolixe, Schmitt ne se départit pas de son flegme : `Après notre rupture en 1994, Aurore a repris contact avec moi à la mi-1995. Elle m'a appelé parce qu'elle venait de recevoir une grosse d'argent qu'elle ne savait pas comment gérer. Je lui ai conseillé de le placer au Luxembourg et elle m'a suivi. Elle a décidé de me demander conseil parce qu'elle estimait que j'étais un honnête homme.´ L'éclat de rire de la salle qui a suivi cette déclaration montre à suffisance que, malgré son éloquence, l'Allemand a encore du boulot pour convaincre le jury de son innocence.
Lors de l'arrestation de Schmitt à Miami, les policiers américains ont déclaré que l'Allemand leur avait demandé quel était leur prix pour le laisser partir. Au sujet de cette tentative de corruption, Peter répond sans broncher : `C'était une blague ! Une sorte d'humour noir. Il y avait 14 policiers autour de moi, Vous pensez bien que je savais qu'aucun d'entre eux n'allait accepter une chose pareille.´ Ce mardi, ce sera au tour d'Aurore Martin d'être soumise à un feu roulant de questions.