Depuis la semaine passée, Nathalie De Santis, 165 heures de vol, porte l'uniforme de pilote certifiée sur 757

BRUXELLES Une des plus jeunes pilotes de Boeing est bruxelloise : 22 ans. Depuis quinze jours, Nathalie vole, copilote, sur Boeing 757, pour le géant DHL du courrier express. À la voir, pourtant, on lui confierait plus volontiers une Mini Cooper qu'un appareil de maximum 115 tonnes au décollage, haut comme trois étages et long comme un demi-terrain de football. Et pourtant, Nathalie De Santis assure : "Enfant, tout le monde me regardait avec de grands yeux. Ado, tout le monde me prenait pour une folle ." Sa carte d'identité confirme : Oui ! elle est bien née le 26 septembre 1985.

Nathalie ne marche dans les pas de personne. Pas de pilote, de steward ou d'hôtesse de l'air dans la famille. Et ses parents n'ont certainement jamais cherché à l'encourager. Aussi loin qu'elle remonte, ses souvenirs de petite fille ont la couleur du ciel. "Mon rêve, quand on prenait l'avion pour partir en vacances, c'était de visiter le cockpit. J'avais 5 ans : je voulais savoir à quoi servaient tous les boutons."

Moins attirée par l'armée, encore que tout ce qui vole la fait planer. "J'ai jamais touché à une poupée. C'était plutôt police et cow-boy et même football", confie Nathalie, pourtant féminine en diable, avec sa silhouette de top-modèle. Studieuse et sportive sans excès. Sciences et maths fortes sans que ce soit vraiment indispensable : "Je dirais ce qui a d'abord compté, c'est la motivation. Et par- dessus tout une excellente logique."

18 ans. En chemin, la Belge a pourtant perdu 2 ans d'études de langues, encore que rien n'est jamais perdu, anglais et italien. Aux examens, c'était pas cela. "Je me souviens d'un prof qui me trouvait ailleurs. À l'examen, je lui ai dit : Je ne sais pas ce que je fais devant vous. Ce que je veux, c'est être pilote de ligne."

En septembre 2005, Nathalie entre à la Hub'Air Aviation Academy, à Diegem. 24 mois non-stop. Études privées coûteuses - de l'ordre de 70.000 euros à financer - avec risque de recalage à tout moment. "Il y a eu des périodes de doute. Il fallait se remettre en selle malgré un mauvais vol où, sur des ratés, tout avait failli basculer." Tenace et, à vrai dire, à lui parler, d'une modestie, d'une simplicité, d'une gentillesse incroyables. C'est quelqu'un, notre Nathalie. En juillet 2007, ils étaient 8 à sortir avec en poche un ab initio, le brevet qui permet de postuler dans les compagnies. Huit dont 2 filles avec Audrey Josse qui vole déjà sur Avro pour la SN Brussels.

Nathalie, elle, a frappé chez DHL où, sans crier gare, elle s'est retrouvée dans un simulateur d'Airbus A300, à répéter des exercices d'approche et des pannes moteur. Nathalie est dans les plus jeunes mais sans doute pas la plus jeune : une collègue, Sarah, a 21 ans. Il y a 15 jours, Nath passait le dernier obstacle provisoire, un touch and go aux commandes d'un 757-200, sa future monture. Une femme d'acier et pourtant brindille de 1 m 67 et 46 kg. Pas plus sportive qu'une autre. Mais une volonté à la Justine Henin. "Tu veux ? Tu peux !"

Hier, elle attend à tout moment son premier vol en ligne. Barcelone ? Casablanca ? La semaine passée, la Belge qui débute sa carrière avec 165 heures de vol recevait l'uniforme aux épaulettes à trois galons dorés. L'accomplissement d'un rêve de petite fille devenue femme pas comme les autres. Exemple à suivre.



© La Dernière Heure 2008