Depuis 2003, le caractère homophobe d’une agression est considéré comme une circonstance aggravante par les cours et tribunaux. Et depuis 2013, ces circonstances aggravantes, si elles sont confirmées par les tribunaux, doivent obligatoirement être prises en compte pour alourdir les peines prononcées. Ce qui n’empêche pas les homophobes de continuer à sévir. Sur les dix dernières années, près de 1.500 dossiers ont été ouverts pour agressions à caractère homophobe, qu’il s’agisse d’agressions verbales (insultes, menaces…) ou physiques (coups, meurtres,…), selon les statistiques officielles de la police fédérale.

Le dossier le plus marquant de ces dernières années remonte à avril 2012. Ce jour-là, Ihsane Jarfi disparaît à la sortie d’un bar gay de Liège. Quatre hommes le font monter dans leur voiture, le dénudent et le rouent de coups avant de l’abandonner en plein champ, agonisant. Le corps de la victime ne sera retrouvé que quinze jours plus tard. L’autopsie révélera qu’Ihsane, victime de 17 fractures aux côtes et de nombreuses autres lésions, aura agonisé entre 4 et 6 heures. Fin 2014, trois des auteurs de ce crime seront condamnés à la perpétuité, le dernier à 30 ans de prison. C’est le premier crime dans lequel le caractère homophobe sera considéré comme une circonstance aggravante en Belgique.

Mais la première condamnation avec le caractère homophobe comme circonstance aggravante en Belgique sera prononcée en mars 2014 date à laquelle Raphaël Wargnies écopera de 25 ans de prison pour l’assassinat de Jacques Kotnik en juillet 2012. Le Liégeois de 34 ans lors des faits avait tué sa victime (61 ans) à coups de marteau dans le Parc d’Avroy à Liège. Aux enquêteurs, il admettra le caractère homophobe de son acte, prétextant une vengeance par rapport à un viol dont il affirmera ensuite “ne plus avoir aucune certitude d’avoir effectivement été victime d’un viol.” Il avait prémédité son geste et avait pris Jacques Kotnik comme cible au hasard. “S’il n’avait pas été homosexuel, je ne l’aurais pas tué”, avouera-t-il sans l’ombre d’un regret.

En juin 2015, un jeune homosexuel de Marcinelle avait été agressé en rue par un auteur muni d’une machette. L’homme avait proféré des insultes homophobes. La victime, sérieusement blessée à la main, avait dû être opérée à plusieurs reprises.

En Août 2015, un jeune homme est poignardé au cou après un rendez-vous galant. L’enquête révélera que l’auteur des coups l’avait contacté via un site de rencontre pour homosexuels. Malgré le caractère visiblement homophobe, l’auteur niera toujours, expliquant qu’il avait fixé rendez-vous à sa victime dans l’intention de lui voler sa voiture, comme il aurait pu le faire avec une victime féminine.

En octobre 2016, Michel Liégeois (37 ans) et son complice Robert Maillen (26 ans) seront condamnés respectivement à 6 et 4 ans de prison pour tentative de meurtre envers un quinquagénaire homosexuel. Les deux hommes avaient roué de coups leur victime et tenté de la noyer en la jetant dans l’eau glacée de l’Ourthe. L’homme (53 ans) avait échappé de justesse à la mort.

Le 18 septembre, Wade Mbaye est retrouvé mort à son domicile de Liège par son compagnon, l’avocat liégeois Pascal Rodeyns. Deux auteurs ont été arrêtés. Ils auraient tendu un guet-apens au malheureux, avant de le tuer chez lui. Le caractère prémédité et homophobe du meurtre est actuellement privilégié par les enquêteurs.