Au début de sa plaidoirie, l'avocat des soldats Américains en vacances qui ont maîtrisé le tireur a longuement décrit une scène imaginaire : une version de l'attaque du Thalys dans laquelle le tireur n'a pas de problème avec sa kalachnikov, où les soldats américains ne se jettent pas sur lui alors qu'il arme son fusil d'assaut entre les rangées de passagers.

"Les policiers montent à bord du train, ils ont du sang jusqu'aux chevilles. Partout où ils regardent, des corps désarticulés", décrit Thibault de Montbrial à la cour d'assises spéciale de Paris qui juge Ayoub El Khazzani et ses trois co-accusés. "185 morts, c'était le 21 août 2015", continue-t-il.

"La seule différence entre ce que je viens de vous décrire et la réalité, c'est une chaîne improbable d'actions", d'hommes qui "ont dit non". Des passagers, poursuit-il, "qui ont refusé que ce Thalys d'une fin d'après-midi devienne à vie le cercueil d'acier qui aurait déclenché la vague d'attentats islamistes" organisée depuis la Syrie en 2015-2016, en France et en Belgique.

Ayoub El Khazzani, 25 ans à l'époque, était monté à bord du Thalys Amsterdam-Paris en gare de Bruxelles armé d'une kalachnikov, d'un pistolet et d'un cutter, et de 300 munitions. Pendant son procès, qui s'est ouvert le 16 novembre, il a expliqué avoir reçu une "mission" de son commanditaire Abdelhamid Abaaoud, également coordinateur des attentats du 13-Novembre. Abaaoud, a-t-il juré depuis le box, lui avait ordonné de ne viser "que" des soldats américains qu'il trouverait à bord du train, et des membres de la "Commission européenne". "Jamais" il n'aurait tué des civils, a-t-il soutenu.

Pendant le procès, la cour est longuement revenue sur les différentes versions, sur le fonctionnement des armes; l'accusation est persuadée que El Khazzani n'a pu tirer à cause de munitions défectueuses. El Khazzani lui, soutient qu'il n'en a pas été capable.

"Grains de sable"

"Une fable" a balayé Me de Montbrial. "Abaaoud n'a jamais fait dans le détail", et la mission d'El Khazzani était "bien la tuerie de masse", assure-t-il.

Cette attaque a échoué grâce à des "grains de sable", les "monsieur et madame tout le monde" qui les premiers se sont interposés, dit Me de Montbrial. Puis les soldats américains en vacances et en civil, qui, rappelle-t-il, n'avaient que peu de formation militaire. Spencer Stone, le "héros" qui a foncé sur Ayoub El Khazzani alors que ce dernier venait d'armer son fusil et de le pointer vers lui, n'était que secouriste dans l'armée de l'air américaine.

La veille, d'autres avocats des parties civiles avaient décrit El Khazzani comme un "monstre à l'allure normale", et raconté la terreur des passagers. "Ils ont cru que leur dernière heure était arrivée", a rappelé la défense de l'acteur Jean-Hugues Anglade, qui se trouvait avec sa famille à bord du train.

Avocate d'employés du Thalys, Nathalie Dreux a elle parlé mardi de la "gamine", employée de restauration de 20 ans, qui s'était cachée "paniquée, terrorisée" dans un local avec quelques autres. "C'était une évidence pour eux qu'ils allaient mourir", dit-elle, avant de raconter une confidence que lui a faite sa cliente en marge d'une journée d'audience. "Elle m'a dit +tous les matins je me réveille et j'ai l'impression que c'est de la vie en plus+".

"C'était pas le jour d'Ayoub El Khazzani, c'était pas le jour des islamistes en général", dit Me de Montbrial, avant de citer lui l'un de ses clients américains, qui avait résumé à la barre l'attaque du Thalys en quelques mots : "We were so fucking lucky" (on a eu une p... de chance).

Les réquisitions sont attendues ce mardi après-midi, le verdict jeudi.