L'un des principaux prévenus dans un procès d'une filière terroriste, Othman A., a affirmé lundi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, qu'il n'avait convaincu aucune personne de partir combattre en Syrie. 

Trente-et-une personnes, dont la moitié environ fait défaut, sont prévenues dans ce procès pour participation aux activités d'un groupe terroriste, en l'occurrence l'Etat Islamique (EI) en Syrie, entre 2012 et 2014. "Oui, j'ai accompagné des personnes à l'aéroport de Düsseldorf pour qu'elles partent en Syrie, mais il s'agissait d'amis d'enfance. Je savais qu'ils allaient se battre, mais je voyais ça de manière assez naïve: le méchant Bachar Al-Assad contre les rebelles", a déclaré Othman A.

Ce dernier a ainsi reconnu avoir conduit certains de ses amis à l'aéroport, sachant qu'ils s'envolaient vers la Syrie, mais il a nié avoir recruté ces personnes et les avoir convaincues d'aller se battre là-bas.

La présidente du tribunal a interrogé le prévenu sur des conversations téléphoniques au cours desquelles il conseillait ces candidats au djihad sur la qualité de sacs de couchage, leur proposait d'aller leur acheter des "pantalons polaires" et de "retourner faire un dernier tour chez Décathlon".

"Ces éléments mis ensemble, ça pose question sur votre implication dans ces départs", a dit la présidente. Le prévenu, lui, a maintenu n'avoir aucune responsabilité dans ces départs en Syrie.

La magistrate a également questionné le prévenu concernant une note manuscrite retrouvée chez lui mentionnant: "Charb, directeur de Charlie Hebdo" et mentionnant un lieu précis relatif à la rédaction du magazine. Ce document avait été retrouvé quelques semaines avant les attentats de Charlie Hebdo à Paris, en janvier 2015. Le prévenu a déclaré qu'il n'était pas l'auteur de cette note.

Un autre prévenu a également été interrogé par le tribunal lundi. Cet individu avait rejoint la Syrie puis en était revenu.

Il a affirmé lundi qu'il avait immédiatement voulu revenir en Belgique après être arrivé là-bas. Il a également précisé qu'il n'avait pas pris part aux combats mais qu'il avait aidé à soigner les blessés dans un hôpital sur place.

Trente-et-une personnes sont prévenues dans ce dossier qui concerne l'envoi de combattants pour le djihad armé en Syrie. Khalid Zerkani, prédicateur musulman déjà condamné pour terrorisme, figure parmi les prévenus mais il a obtenu lundi que son cas soit disjoint et reporté au 10 mars prochain, étant donné le procès en appel le concernant qui débute jeudi.

Outre Khalid Zerkani, qui fera donc l'objet de débats ultérieurement devant le tribunal, Othman A. et son frère Mohammed A. sont les principaux prévenus du dossier.

Ces deux frères sont soupçonnés d'avoir conduit plusieurs jeunes candidats au djihad à l'aéroport de Düsseldorf en Allemagne, non loin de la frontière belge, mais aussi d'avoir mis sur pied un entraînement militaire pour ceux-ci.

Leur beau-frère, Elyas K., un exploitant d'une librairie islamique à Bruxelles, lui aussi prévenu, aurait également organisé ces séances d'entraînement physique des jeunes candidats djihadistes, notamment lors de week-ends à la côte belge.

Ces camps s'y déroulaient dans les vieux bunkers situés près de la villa royale à Ostende.

Le procès se poursuivra mardi. Les débats auront lieu jusqu'à mi-avril à raison de sept audiences par semaine.