A l'issue du premier procès à Liège, Tony Samardzic a été condamné à 20 ans de prison pour des faits d'assassinats


BRUXELLES Les avocats des proches des victimes des assassinats dont doivent répondre Giuseppe Rosato et Anouar Bennane ont donné foi aux aveux de Tony Samardzic, mercredi, au procès Habran et consorts bis, devant la cour d'assises de Bruxelles siégeant à Nivelles, pour démontrer une culpabilité des deux accusés. Le ministère public avait déjà légitimé les dires de Tony Samardzic lors de son réquisitoire. A l'issue du premier procès à Liège, Tony Samardzic a été condamné à 20 ans de prison pour des faits d'assassinats.

Il est en aveux d'avoir servi de chauffeur à Rosato et Bennane lors de l'assassinat d'Onofrio Cacciatore (le 16 mai 2002 à Liège) et de les avoir aidés à évacuer un véhicule utilisé lors de l'assassinat de Georges Hardy (le 20 février 2003 à Fléron). Et ce, d'après lui, à la demande des deux accusés. Entendu comme simple témoin au procès à Nivelles, Samardzic a confirmé ses dires.

Néanmoins, l'un des arguments de défense de Giuseppe Rosato et d'Anouar Bennane - en dénégation - consiste à avancer que Tony Samardzic a agi par vengeance à leur égard, Bennane ayant entretenu une relation illégitime avec sa compagne, situation dont Rosato avait aussi connaissance.

Avant de faire des aveux à la justice, Tony Samardzic s'était confié à un compagnon de cellule, Cej Bejtulah, ex-policier yougoslave. Celui-ci, également indicateur de police, en avait informé la justice et avait obtenu le statut de témoin protégé.

Me Fabian Martalo, avocat de la famille d'Onofrio Cacciatore, a rappelé que Samardzic s'était confié à Cej Bejtulah avant même d'être au courant de son infortune. "L'hypothèse d'une vengeance ne tient pas la route. Si Samardzic voulait réellement se venger, il aurait donné le rôle principal dans l'assassinat d'Onofrio Cacciatore à Bennane", a avancé Me Martalo.

Par ailleurs, la piste d'un assassinat commis par le tueur à gage Serge Pierrin, dont le nom est cité dans d'autres dossiers d'assassinats dans le milieu liégeois et lui même exécuté, est aussi écartée par la défense des parties civiles. "Samardzic n'a plus rien à perdre. Il aurait pu charger les morts (Serge Pierrin). Mais il a dit, ici, qu'il pensait aux partie civiles", a aussi rappelé le plaideur.

Me Christophe Halet, l'un des avocats de proches de Georges Hardy, a pour sa part souligné que les dires de Samardzic s'étaient vérifiés lors de l'enquête au vu d'éléments matériels. "Au sujet du véhicule, il donne des éléments aux enquêteurs qu'ils ne connaissaient pas encore eux-mêmes, ce qui est déjà un gage de crédibilité. Samardzic connaît les règles du milieu. Il sait que même s'il ne parle pas, s'il est libéré un jour, il pourrait être le suivant sur la liste. Donc il passe à table", a plaidé Me Halet.

Me Caroline De Lemos a, elle, parlé d'incohérence. "Pour une affaire privée, Samardzic aurait monté un tel scénario, s'auto-accusant, pour finir aux assises et être condamné à 20 ans? ", a-t-elle douté.

En conclusion des parties civiles, Me Didier Grignard a relevé la particularité de ce second procès à Nivelles où les jurés ont déjà, pour certains faits, une "vérité judiciaire" après le procès liégeois. "Vous avez ici une des affaires les plus simples. Vous avez déjà la fin du livre et vous avez le scénario", a osé Me Grignard à l'adresse des jurés. L'avocat a aussi souligné l'importance des témoignages de Cej Bejtulah, Didier Singleton, Hata Prekopuca et Tony Samardzic. "Parfois, dans certaines affaires, nous n'avons que des éléments épars qui ne permettent pas d'aboutir à un procès. Ici vous avez des choses écrasantes", a aussi lancé l'avocat.

La défense de Marcel Habran, avec en premier lieu Me Laurent Kennes, commencera à plaider dès jeudi. Une journée de repos est normalement prévue vendredi. La défense de Marcel Habran continuera à plaider lundi prochain.

© La Dernière Heure 2010