Le procès Pauwels/Hakimi s'est ouvert ce mardi matin avec le réquisitoire du procureur fédéral, Julien Moinil. Un procureur de 35 ans derrière toutes les grosses affaires du moment (football, etc). Pas moins de huit heures de réquisitoire. Il a commencé par diffuser des photos, notamment de Farid Hakimi posant avec des liasses de billets, démontrant ainsi toute l'importance de l'argent pour cette bande de criminels spécialisée dans les attaques à domicile.

Julien Moinil a annoncé la couleur : il y aura des mécontents des deux côtés. Il intitule sa première présentation : petite promenade dans les champs, en référence au lieu où certains des malfrats se sont rendus régulièrement. Le procureur a commencé par demander une peine de huit ans d'emprisonnement pour un des prévenus moins connu dans le dossier mais à qui il est toutefois reproché d'avoir entaillé l'oreille d'une des victimes. Le procureur a ensuite tenu à rappeler au président que le jour où il prononcera son jugement dans cette affaire, le public, "très attentif à ce procès médiatique", s'attendra à des peines dissuasives face "à ces comportements immondes et à la lâcheté des prévenus". "On a sonné chez des gens la nuit, on a gazé des gens en pleine nuit dans leur maison alors qu'ils tentaient simplement de dormir après une journée de travail".

Place au cas de Said Hakimi

Julien Moinil a reproché au cadet de la famille Hakimi d'avoir participé à une attaque, d'avoir caché une arme pour son frère, Farid, ainsi que des faits de détention et vente de stupéfiants. "Monsieur Hakimi va dire qu'il ne s'est pas enrichi avec ces ventes. C'est la première fois que j'entends qu'un trafic de stup n'est pas lucratif. J'ajoute qu'il a poursuivi son trafic en prison". Le procureur fédéral réclame deux peines à l'encontre de Said Hakimi. "Une peine de 5 ans pour l'attaque, les faits de recel et d'association de malfaiteurs. Pour l'arme, le but n'est pas lucratif mais c'est une intention de dissimulation de preuves, donc je demande une peine distincte, à savoir une peine d'un an qui me paraît se justifier".

Pour ce qui est des faits de stupéfiants, le procureur fédéral réclame une peine de deux ans. Au total, il réclame donc huit ans d'emprisonnement pour Said Hakimi et ce, sans sursis.

Demande d'acquittement pour la maman des Hakimi

En ce qui concerne la maman des frères Hakimi, le procureur réclame un acquittement. Pour rappel, la maman a tenté de retrouver une arme cachée par son fils, à la demande de ce dernier. Le procureur estime que les preuves ne sont pas suffisantes.

Une peine de 17 ans réclamée pour Mounir Benaouane

Le procureur est revenu longuement sur les antécédents du prévenu ainsi que sur sa fuite en Espagne, après les attaques. Face à la gravité des faits, le magistrat fédéral estime qu'il y a lieu, en plus de la peine réclamée, de demander, et ce sera uniquement pour ce prévenu, une mise à disposition du gouvernement pour une durée de 10 ans. Le procureur n'y est pas allé par quatre chemins : il réclame une peine sévère, de 17 ans à l'encontre de Mounir Benaouane. Pour rappel, on reproche à Mounir Benaouane d'avoir participé à l'attaque de Lasne, celle pour laquelle Stéphane Pauwels est également inquiété.

"Une histoire de fesses"

Julien Moinil est revenu sur l'affaire du chef d'enquête écarté et poursuivi devant le tribunal correctionnel de Charleroi pour violation du secret professionnel. "Je dois bien vous dire que je me serais bien passé de ces histoires de fesses", précise le procureur. Pour rappel, le chef d'enquête a entretenu une relation avec la compagne de Hammouda, un des prévenus. "Je comprends que pour Monsieur Hammouda, cette situation soit problématique mais j'estime que les juges ici présents savent se faire une idée de l'affaire sur base du dossier. La chambre des mises en accusation a estimé que c'était à ce tribunal de juger s'il y a violation des droits de la défense ou non. Mon point de vue est que dans la mesure où il n'y a aucune preuve que des preuves aient été manipulées, des procès-verbaux falsifiés, il n'y a aucune raison de remettre en cause l'impartialité du tribunal".

"Je regrette cette situation mais de là à jeter ce dossier à la poubelle, il y a un pas qu'il ne faut pas franchir parce que j'estime que Monsieur Hammouda a droit à un procès équitable".

Le procureur a insisté sur la gravité de la situation et a dit espérer que cette affaire puisse servir de leçon aux autres policiers.

Le procureur estime dès lors qu'en termes de participation et de culpabilité, il n'y a pas lieu d'écarter des pièces du dossier. Julien Moinil réclame donc un peine supplémentaire de huit ans pour Marwane Hammouda, celui-ci ayant déjà été condamné par ailleurs à une peine de 7 ans.

C'est ensuite au tour de Rachid Toto, figure bien connue du grand banditisme à Charleroi, de comparaître. Le magistrat estime qu'il appartenait à cette association de malfaiteurs et réclame donc une peine complémentaire à celle qu'il purge déjà, de quatre ans.

Place au cas Pauwels

Le procureur s'est ensuite concentré sur le cas Pauwels. Il a commencé par diffuser une vidéo de Farid Hakimi parlant de Stéphane Pauwels. Farid Hakimi explique que Stéphane Pauwels voudrait être blanchi au procès, contre une somme d'argent. On entend Farid Hakimi ajouter qu'il ne connaît pas directement Stéphane Pauwels.

"Je vais vous faire une confidence", commence le magistrat, avant de préciser qu'il n'était pas du tout amateur de télé et qu'il n'en avait "rien à cirer" que Pauwels soit médiatisé ou non. 

"Je tiens à le dire, cela n'a aucun impact sur mon réquisitoire, d'ailleurs je ne connais pas ses émissions et j'ai horreur du foot !", précise Julien Moinil. Il ajoute que ce qui l'intéresse dans le cas de l'attaque de Lasne, c'est l'identité de ceux qui l'ont commanditée. "Monsieur Jamal Ennif est en aveu d'avoir fait l'intermédiaire entre Pauwels, Colassin et les auteurs. J'ai retrouvé une audition très intéressante dans mon dossier... Une audition dans laquelle un ami de Jamal Ennif raconte que ce dernier lui avait déjà confié que Pauwels et sa compagne de l'époque voulaient se venger de Fréderic".

En clair, Julien Moinil démontre à travers la lecture de cette audition que le milieu criminel disposait de toutes les informations pour commettre un home invasion. Le plan des lieux de Lasne, la cache de l'argent, les clés, etc. Le magistrat décrit Jamal Ennif comme quelqu'un qui voulait se faire de l'argent. "Ce n'est pas un médiateur, il veut juste de l'argent pour sa drogue et compagnie".

A l'égard de Jamal Ennif, le magistrat réclame une peine de 5 ans ferme ! "Et en tout cas, de ne pas descendre en dessous de 4 ans".

En ce qui concerne à présent Vanessa (Noel) Colassin, le magistrat se dit choqué par les propos tenus par la jeune femme. "Elle aurait tout de même pu porter plainte contre son ex pour harcèlement au lieu de demander à son dealer de s'en occuper !"

Le magistrat rappelle les manières de réagir dans un Etat de droit. Le magistrat la désigne donc comme coauteur et ajoute qu'elle n'a pas eu le moindre regret lors de ses déclarations faites lundi devant le tribunal. "Elle mérite une peine d'emprisonnement. Elle n'a pas évolué du tout. On ressent quand même une certaine influence de Monsieur Pauwels sur elle. J'estime qu'une peine de 4 ans est justifiée pour elle, à laquelle je voudrais ajouter trois mois pour la drogue."

Cette fois, place au cas Pauwels.

"A partir du moment où il admet le principe de la leçon à la victime, il a une responsabilité pénale. D'abord par le contact avec Jamal Ennif, le soutien à son ex. Dans des sms, il comparait même la taille de son sexe..."

Le magistrat réclame 4 ans contre Stéphane Pauwels pour le home invasion, six mois pour la drogue et dix mois de plus pour la tentative d'entrave à l'instruction. Ce qui fait donc un total de 5 ans et 4 mois. Un malentendu a eu lieu au sujet de cette dernière peine et l'avocat Sven Mary a demandé au magistrat de repréciser sa demande. Le magistrat s'est excusé et a précisé qu'il réclamait dix mois pour la dernière prévention et non un an.

"Farid Hakimi n'avoue que la moitié des faits !"

Après une petite pause de dix minutes, le magistrat a poursuivi son réquisitoire avec le sort cette fois de Farid Hakimi. Le magistrat a d'emblée précisé qu'il était le seul des prévenus à être impliqué dans la totalité des faits reprochés. "Il n'avoue que la moitié des faits !" s'est exclamé le magistrat. Il réclame 22 ans d'emprisonnement à l'encontre de Farid Hakimi.