Depuis lundi, l’Arabie Saoudite a coupé les ponts avec le Qatar. Derrière cette crise, deux courants de l’islam s’affrontent.

L’Arabie Saoudite, ses alliés, les Émirats Arabes Unis (EAU), Bahreïn, ainsi que l’Égypte qui dépend des financements du Golfe, ont rompu lundi leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l’accusant de déstabiliser la région et de soutenir le terrorisme. L’accusation, qui peut faire sourire puisque venant d’un pays qui finance partout dans le monde le développement d’un courant de pensée musulman radical, peut s’expliquer par des raisons géopolitiques, comme par des divergences religieuses. Il s’agit néanmoins de la crise la plus grave entre pays du Golfe depuis près de 40 ans.

Les accusations de l’Arabie Saoudite surviennent deux semaines après que le président américain Donald Trump, en visite dans le Golfe, ait désigné un nouvel axe du mal, composé de l’Iran et de l’organisation État islamique (EI). Une association hasardeuse puisque Téhéran, chiite, et Daech, qui est basé sur un des courants les plus conservateurs du sunnisme, lequel ressemble assez fortement au wahhabisme d’Arabie Saoudite, n’ont pas grand chose à voir ensemble.

"Le Qatar accueille divers groupes terroristes pour déstabiliser la région, comme la confrérie des Frères musulmans, Daech et Al Qaïda", a notamment indiqué l’Arabie Saoudite, peu après que l’émir du Qatar aurait qualifié l’Iran de "puissance islamique régionale qui ne peut pas être ignorée". La goutte d’eau qui fait déborder le vase selon l’Arabie Saoudite qui considère l’Iran depuis des années comme son principal concurrent régional. Le fait que le Qatar ait déjà soutenu à plusieurs reprises les Frères musulmans en Égypte, contre le président Al Sissi, très proche de l’Arabie Saoudite, est reproché à Doha depuis longtemps. De même que la chaîne qatarie Al Jazeera a souvent été jugée trop favorable aux islamistes.

Finalement, si le Qatar est souvent présenté comme une plaque tournante des sources de financement de certains groupes islamistes, les soupçons se portent généralement sur des donateurs privés, pas sur le gouvernement qatari lui-même. Fin avril 2015, un rapport du Congrès américain indiquait par ailleurs que Daech recevait des transferts d’argent importants de donateurs privés du Qatar et… d’Arabie Saoudite !

En réalité , derrière les accusations saoudiennes se cache une lutte d’influence entre différents courants sunnites : l’Arabie Saoudite, berceau du wahhabisme, voit d’un mauvais œil le fait que le modèle de société prôné par les Frères musulmans se répande dans tous les pays musulmans.