Faits divers

Envie de faire le gros entretien de votre véhicule sans débourser un euro ? Cela peut facilement s’arranger en appelant… le 101 ! C’est en tout cas ce que le chef d’atelier du garage Auto 5 de Gosselies a dû apprendre mercredi passé à ses dépens…

Ce jour-là, un client s’était présenté "relativement excité" une dizaine de minutes avant l’heure de fermeture pour récupérer un véhicule qu’il avait mis à l’entretien : sa Hyundai Santa Fe dont il a fallu "changer la moitié des pièces de direction et suspension" après 158.000 km .

"Ce monsieur a immédiatement refusé de régler la facture - 872 € - alors qu’un devis avait au préalable été établi", explique Rudy Thibaut, chef d’atelier. "L’homme a jugé que le prix de nos prestations était trop élevé alors qu’on lui avait même accordé une remise de 15 % sur toutes les pièces suite à un retard dans la commande."

Le garage tente en conséquence de forcer le client à solder la facture sous peine de faire usage de son droit de rétention sur le véhicule. "Après nous avoir menacés, ce monsieur a illico téléphoné à la police fédérale pour leur faire savoir que nous refusions de lui rendre son véhicule et on m’a alors donné l’injonction de lui restituer son véhicule dans les plus brefs délais, sans quoi ils allaient envoyer une patrouille pour régler le problème et restituer eux-mêmes le véhicule", poursuit Rudy Thibaut.

Le chef d’atelier se demandera ensuite s’il ne s’agit tout de même pas d’un "coup monté" parce que "estomaqué que des policiers défendent un voleur et ne connaissent même pas l’existence de ce droit de rétention".

Raison pour laquelle il repassera depuis son propre téléphone un coup de fil auxdits policiers. Résultat ? "J’ai constaté avec stupéfaction que c’était bien la vraie police qui me demandait de restituer le véhicule sans paiement préalable de la facture."

Et Rudy Thibaut de livrer le fond de sa pensée : "Après réflexion, je pense que l’homme avait prémédité son arnaque. Avant de partir, il s’est d’ailleurs exclamé non sans dissimuler son plaisir : Je vous avais bien dit que je ne payerais pas ma facture. C’est en plus la police qui vous oblige à me restituer ma voiture !"

Toujours est-il qu’il s’agissait d’une affaire n’étant a priori pas du ressort de la police puisque commerciale. En sus, le droit de rétention dont voulait faire usage ce chef d’atelier est tout à fait légal ! "Le droit de rétention est régulièrement reconnu par les cours et tribunaux. C’est un droit qui est issu de la jurisprudence et se base sur des articles du code civil. Dans le cas de figure présent, l’exercice de ce droit paraît tout à fait raisonnable et justifiable. Le fait qu’on ait forcé ce garagiste à restituer le véhicule va à l’encontre de ses droits", souligne Guillaume Rue, avocat au barreau de Bruxelles.

"C’est bien le 101 de Mons qui a reçu ces appels mais, vu que ceux-ci sont soumis au secret professionnel, on ne peut pas donner d’explication à ce propos. Tous les appels sont toutefois enregistrés et conservés pendant un an. Cela sera donc facile de voir ce qu’il s’est réellement passé", indique Peter De Waele, porte-parole de la police fédérale.

"On a écrit à la police fédérale pour leur faire part de notre mécontentement. On aimerait bien que les policiers utilisent à présent leur pouvoir d’injonction pour faire en sorte que ce client s’acquitte de sa facture", conclut Olivier Renard, directeur Marketing&Achats chez Auto 5.