Jugement clément pour les hommes et sévère pour les instances

ENVOYÉE SPÉCIALE EN FRANCE SOPHIE DEGHILAGE

LILLE Après deux ans de procédure, le jugement de ce qu'il faut bien appeler le premier procès du dopage vient de tomber. L'affaire Festina avait éclaté en plein Tour de France 98 avec l'arrestation du soigneur Willy Voet en possession de quantités importantes de produits dopants.

La première étape d'un processus qui révélera au grand jour, la pratique généralisée du dopage dans le peloton. Après deux mois de délibérations, le président de la 7e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Lille, Daniel Delegove, a rendu son jugement.

Le magistrat a estimé que les préventions étaient établies. Excepté Richard Virenque, les prévenus sont reconnus coupables d'incitation, de facilitation à l'emploi de dopants à l'occasion de compétitions sportives, importation en contrebande et transport de marchandises prohibées, acquisition, détention et offre de substances vénéneuses.

Le soigneur Willy Voet est condamné à dix mois avec sursis et à une amende de 30.000 FF (4.573,47), le directeur sportif de Festina, Bruno Roussel écope d'une peine d'un an de prison avec sursis et de 50.000 FF (7.622,45), Joseph D'Hont est condamné à neuf mois et à 20.000 FF (3.048,98), Joël Chabiron écope quant à lui de cinq mois tout comme Dalibot. Christine Paranier est condamnée à une amende de 30.000 FF (4.573,47 ) sans mention sur son casier judiciaire; son mari, Eric Paranier qui était poursuivi pour exercice illégal de la profession de pharmacien devra payer une amende de 10.000 FF (1.524,49 ). Par ailleurs, les prévenus sont condamnés à payer solidairement 120.000 FF (18.293,88 ) aux douanes françaises.

Suivant le réquisitoire du procureur de la république M. Visonneau, le président a prononcé la relaxe pure et simple pour Richard Virenque. Quant au médecin de l'équipe Once, Nicolas Terrados, il devra payer une amende de 30.000 FF (4.573,47) et 10.000 FF (1.524,49 ) pour les douanes.

Après avoir prononcé son jugement, le président a fait quelques commentaires, rappelant que `la gravité des faits aurait justifié des peines de prison fermes´. Cependant, le tribunal a tenu compte du contexte, c'est-à-dire de la généralisation du dopage, des carences et ambiguïtés des instances dans la lutte antidopage. De plus, jamais de tels faits n'avaient été poursuivis.

Quant à Willy Voet, il estime qu'il ne s'en sort pas trop mal. `Je craignais plus, a-t-il expliqué. Je suis dégoûté, non pas par le cyclisme mais par tout ce qui tourne autour. Les instances s'en tirent trop bien.´

`C'étaient de bonnes audiences qui ont permis d'éclairer les moeurs du cyclisme. Pour moi, il y aura un avant et un après Festina. Il n'est plus possible d'avoir une attitude ambiguë ou laxiste sur le dopage´, a estimé Bruno Roussel.