Un millier de photos saisies chez le père qui prostituait sa propre fille

BASTOGNE C’est le grand retour aux affaires du juge Connerotte plutôt discret depuis l’arrêt Spaghetti qui, en septembre 1996, l’avait éjecté assez brutalement de l’affaire Dutroux & Co.
Jean-Marc Connerotte a délivré six (6!) mandats d’arrêt dans un dossier de mœurs avec pour victime une jeune fille de 14 ans. L’affaire éclate à Sainte-Ode, près de Bastogne. Dans les cartons du juge, il est question – photos à l’appui – d’une gamine que plusieurs adultes se refilaient depuis ses douze ans. Parmi les personnes arrêtées, le propre père de l’enfant, Pascal, ex-patron de café à Bastogne. Et un médecin très connu dans le pays, le Dr X, 47 ans, marié, père de famille, interpellé chez lui à Ste-Ode par le juge Connerotte himself, lequel s’était déplacé avec un représentant du Conseil de l’Ordre pour perquisitionner le cabinet du médecin. Le juge a inculpé le médecin – malgré les dénégations de l’intéressé – de viol sur mineure de moins de 15 ans avec autorité.
Dans cette affaire, le juge Connerotte aurait saisi chez le père de l’enfant un millier de photos édifiantes.
Les documents tendent à prouver que depuis deux ans, la jeune fille est régulièrement abusée sexuellement par des amis de son père. Les parents vivent séparés. Fin d’année, la mère dépose plainte.
Interrogée, sa fille ne se contente pas de mettre son père en cause. Le juge Connerotte, prudent, l’a fait examiner par un pédopsychiatre et un légiste. Ceux-ci ne paraissent pas devoir mettre en doute la parole de l’adolescente.
Les premières arrestations interviennent: le père bien sûr, puis un couple de Lavacherie, etc. Six adultes. Un réseau. Il est question de partouzes organisées. Les suspects peuvent difficilement nier: ils se trouvent sur les photos. Rien ne filtre. Dernier à tomber, le Dr X qui n’est pas en consultation mais bricole dans son grenier quand le juge Connerotte vient frapper à sa porte.
Pour le Dr X, médecin connu et apprécié dans la région, c’est différent: lui ne se trouve sur aucune photo. C’est la parole de la fille – et celle de sa mère qui l’accuse – contre la sienne. X a effectivement compté la mère et sa fille comme patients. Un autre suspect est aussi un patient. Mais le Dr X pratique depuis quinze ans. Avec l’adolescente, il est soupçonné d’avoir fait payer certaines consultations en nature.
"Faux, archifaux", s’indigne, s’insurge le médecin dont le mandat d’arrêt vient pourtant d’être déjà prolongé d’un mois par la chambre du conseil de Neufchâteau. Le Dr X s’est pourvu en appel. L’affaire sera examinée, à Liège, par la chambre des mises en accusation. Son épouse croit et soutient pleinement son mari. Elle crie à la manipulation, au délire d’une jeune fille dont elle imagine – pour tenter d’expliquer – qu’elle aurait pu tomber amoureuse. Pour l’épouse, le juge Connerotte est en train de commettre une erreur judiciaire catastrophique. Elle n’est pas la seule à Sainte-Ode à rappeler ce film avec Jacques Brel, Les risques du métier! Sainte-Ode où le Dr X possède un cabinet important qui faisait de lui un des notables de la région. L’enquête se poursuit activement.