Faits divers Antonio Becker, détenu à Lantin : "L’enquête n’a pas bougé depuis 6 mois. Veut-on l’étouffer ?"

"C’est un dossier qui ne bouge en effet pas beaucoup. Les faits datent de 2017 et nous sommes dans le premier tiers de 2019 : on ne peut pas déjà crier au scandale ni dire qu’ils se protègent entre eux mais oui, il serait temps que ça se secoue", réagit le pénaliste Henry Van Malleghem.

Son client Antonio Becker est détenu depuis plusieurs années. TV Lux révélait fin 2017 que des agents de la prison de Marche-en-Famenne étaient suspectés d’avoir maltraité un "détenu récalcitrant" dont on ne révélait pas l’identité : il s’agissait d’un Becker, de la famille bien connue. Dans sa version, il aurait demandé "spontanément à aller au cachot". Bien que demandant à aller au cachot, des agents auraient voulu le menotter, ce qu’il n’aurait pas accepté. Il aurait reçu des coups et été menotté aux chevilles et aux poignets, ensuite les menottages reliés dans les reins de manière à le recroqueviller en fœtus pour l’empêcher de déplier les jambes.

Selon ses dires, Antonio Becker serait resté "saucissonné en mode cochon" pendant 17 heures, et privé d’eau et de nourriture. "Je devais boire dans la cuve du W.-C."

Les menottes empêchaient le sang de circuler, "rendant atroce la douleur dans les poignets". Selon lui encore, un surveillant "de plus de 110 kilos" se serait assis, en pesant de tout son poids sur la colonne vertébrale.

Au cachot, la scène aurait été en partie filmée. Son précédent avocat confiait (DH 30 octobre 2018) qu’il avait demandé à la direction de ne pas détruire les enregistrements qu’il précisait avoir regardés, du moins quelques captures d’écran : "M. Becker avait été lié comme un chien. Ce qui s’est ensuite passé dans le local fait penser à certains pays d’Afrique."

L’avocat parlait de "tortures et de traitements inhumains et dégradants avec privation de soins, d’eau et de nourriture […] On verra la suite des événements mais je ne comprendrais pas que le parquet classe l’affaire sans poursuivre les suspects au pénal".

Six mois plus tard, l’affaire ne semble pas avoir évolué. Pour Me Van Malleghem, "il devient temps, hein ?"

En tant que détenu - actuellement à Lantin -, Antonio Becker, 36 ans, se plaint régulièrement de payer le prix fort. "Je ne suis pas un enfant de chœur mais il y avait à Marche-en-Famenne des surveillants pour qui tous les Becker sont les mêmes et ont tous du sang sur les mains. En demandant à aller au cachot, j’espérais y être un peu plus en sécurité."