Faits divers Suite aux multiples agressions, les responsables déplacent les activités de leurs jeunes vers la périphérie

BRUXELLES Les mouvements de jeunesse juifs commencent à fuir la capitale. Depuis le début de la seconde Intifada (2000) et l'exportation du conflit israélo-palestinien dans notre pays, les agressions à caractère antisémite n'ont cessé de croître. Un grand nombre ont touché les scouts de la communauté qui avaient pris pour habitude de se rassembler le samedi dans le parc de Forest, situé dans un quartier difficile de Bruxelles.

Crachats, insultes, jets de marrons, les enfants et ados, arborant leur Magen David (l'étoile de David), n'ont pas été épargnés. Au point que même le service d'ordre interne à la communauté a refusé à plusieurs reprises d'accompagner les groupes jusqu'au parc. «Le climat devenait lourd, pesant, les parents ont pris peur, explique Francis Weiz, l'un des responsables de l'Hanoar Hazioni, l'un des mouvements de jeunesse. Parfois, il nous arrivait de rentrer sous escorte policière. Ainsi, cela fait environ deux ans que nous avons quitté notre local de la rue de Fierlant pour Rhode-Saint-Genèse.» Preuve que la crainte a baissé d'un cran, le nombre de jeunes inscrits est en augmentation. «Depuis que nous sommes à Rhode, nous sommes passés de 120 à 160 enfants.»

L'Habonim Dror est un autre de ces mouvements. «Nous recherchons un local en périphérie bruxelloise, confirme Sylvain Berkowitcsh, du Comité des parents. En attendant, notre local a quitté la rue Berthulot à Forest pour s'installer rue Ducpétiaux et nous n'organisons plus aucune activité en extérieur avec les enfants.» La fréquentation du mouvement a également chuté, passant de 140 jeunes à 80. Cependant, tempère Simon Cohn, président de l'Habonim Dror, «tout ceci n'est qu'une solution à court terme. Je ne suis pas certain que se réfugier dans un cocon corresponde à l'idéal de société que nous souhaitons inculquer à nos jeunes».


A l'Hashomer Atsaïr (200 jeunes), le directeur éducatif explique que «nous n'avons plus de conflits avec les jeunes du quartier depuis que nous organisons nos sorties dans le haut du parc et plus dans le bas.» Et s'il est question de départ de Bruxelles, «cela ne se fera que parce que notre local actuel devient trop petit. Certainement pas pour fuir.»

La JJL, la Jeunesse laïque juive (140 enfants), basée à Saint-Gilles, regrette, elle, amèrement de ne plus pouvoir se rendre au parc de Forest. «C'était le point de rassemblement de tous les mouvements de jeunesse juifs mais aussi un lieu de rencontre avec d'autres jeunes. Depuis deux ans, nous sommes obligés de conduire les enfants dans le petit parc d'Egmont, derrière le Hilton, boulevard de Waterloo», précise Benjamin Beeckmans, responsable. Nous effectuerions bien une tentative pour retourner au parc de Forest. Mais c'est un peu délicat à ce stade.»

Benjamin Beeckmans apporte également une nuance: «Le quartier du parc de Forest a changé. Les juifs l'ont déserté.» Ce qui justifierait par ailleurs le départ de certaines asbl vers l'extérieur. Reste que la JJL souhaite se maintenir à Saint-Gilles. «Partir serait se résigner», insiste ainsi une autre responsable.

© La Dernière Heure 2004