Faits divers

L’avocat Sébastien Courtoy est probablement la figure majeure du côté de la défense, dans les affaires de terrorisme. Gouailleur, drôle et volontiers provocateur, il est un des rares avocats belges - le seul ? - à ne compter quasiment que des suspects de faits de terrorisme dans sa clientèle.

Défenseur de Mehdi Nemmouche, inculpé de quatre assassinats terroristes du Musée Juif, de Marouan El Bali, dans le dossier de Verviers, ou de Jean-Louis Denis, il décrit son métier.

Quel est le pourcentage de suspects de faits de terrorisme parmi vos clients ?

"À mon avis, ils constituent 90 % de ma clientèle. Je prends encore d’autres dossiers, j’ai quelques affaires de stupéfiants, de bons dossiers. Mais j’en refuse énormément. Il faut une saveur particulière pour que je m’y plonge. Si l’affaire est compliquée, difficile, ou si une injustice m’y semble flagrante, je prends. Il y a aussi des dossiers que je n’ai plus envie de traiter, comme les affaires de pédophilie."

Pourquoi alors tant se spécialiser dans le terrorisme ?

"Sur les onze clients que j’ai défendus dans les affaires récentes de filières entre la Belgique et la Syrie, un seul a été condamné à de la prison ferme : Jean-Louis Denis ( dit Le Soumis, NdlR ). J’ai pu obtenir six acquittements. Mes clients ont un rapport spécial avec moi, ils savent qu’ils peuvent m’appeler le soir ou le dimanche. On se parle avec respect et je ne les prends pas pour des cons. Il faut dire aussi que l’air du temps est au terrorisme. l’avocat qui veut se retrouver dans les "beaux dossiers" de droit commun, il a vite fait le tour."

Quel est le plaisir que peut prendre un avocat à défendre ces personnes souvent détestées par l’opinion publique ?

"C’est de la pure adrénaline. Elle peut se résumer en une lutte entre le système et l’individu. Dans les affaires de droit commun - meurtres, viols, etc. -, le système est l’arbitre entre la victime et l’auteur. En matière de terrorisme, le système est lui-même la victime. Et il ne peut plus en être vraiment l’arbitre. Dans aucun autre type de dossier, le parquet ne prend autant de liberté avec la vérité. Cela rend ces affaires passionnantes car le parquet fédéral dispose de moyens importants et jouit d’une forme de caution morale. Il faut souligner que, à une exception près, sur les onze affaires syriennes que j’ai traitées; le tribunal s’est révélé particulièrement honnête et précautionneux."

Y a-t-il un portrait-robot de la personne suspectée de terrorisme ?

"Non. Mais dans la majeure partie du temps, il y a une certaine correction, une façon de se comporter avec leur avocat, et même le tribunal. C’est très agréable de travailler avec eux. Ma réputation me sert mais généralement, après trois heures de discussion, ils m’ont tout dit. Au point où ils en sont, ces mecs n’ont pas envie de jouer, ils savent ce qu’ils risquent. Il faut aussi souligner que dans ces affaires où ces jeunes sont partis en Syrie en 2013 ou 2014, soit avant les récents attentats, ils ne s’appréhendent pas comme des terroristes. Aujourd’hui, ils manifestent une volonté d’en finir avec cette page de leur vie et de redémarrer à zéro."

Et l’argent dans tout ça ?

"Si tu décides de faire ce métier pour le fric, alors tu aurais pu être notaire. Moi je fais mon métier pour sa difficulté. Plus le challenge est dur, plus le résultat a de saveur. Il faut bien se dire que je n’ai plus envie de défendre un 250e dealer de stupéfiants."