L'ambassadeur bulgare en Belgique reconnaît l'existence du fléau et dit qu'il faut d'abord lutter contre la demande aussi !

BRUXELLES Selon des sources bulgares à Bruxelles, au moins 300 filles bulgares travaillent en vitrine rue d'Aerschot. 80 % de ces prostituées proviennent de Bulgarie. Et toujours parmi elles, 60 % arrivent tout droit de Sliven, une ville de 110.000 habitants.

Les mafias bulgares, outre Bruxelles, contrôlent Liège et Anvers. Et si Sliven est une mine d'or pour les trafiquants d'êtres humains, c'est que, depuis les années '90, la présence dans la région d'une base américaine y a développé fortement la prostitution des jeunes filles, pour la plupart d'origine tzigane.

Notez également que beaucoup de Bulgares qui se prostituent en Belgique sont en fait tziganes. Rue d'Aerschot, on dit aussi que la situation ne devrait pas se modifier avant plusieurs années, à la différence des Polonaises, des Ukrainiennes, des Russes et même des Roumaines qui elles, sont venues par vagues en Belgique mais ne sont pas restées. Tant que la Bulgarie, qui sort tout doucement la tête de l'eau, sera frappée par la misère, la situation durera, les filles viendront se prostituer en Occident où elles gagnent facilement six fois plus que 400 levs à Sofia.

Demandez à l'ambassadeur de Bulgarie chez nous de vous décrire Sliven et il vous vantera les vestiges de la région. La beauté des paysages, le vent qui souffle peu importent les saisons, la réserve naturelle,... Bref, comme tout bon ambassadeur, M. Christo Gueorguiev s'en donne à coeur joie lorsqu'il s'agit de vanter son pays.

Interrogez-le sur la triste réputation de la même ville, et l'ambassadeur se fait moins prolixe. Refusant d'abord d'entrer dans des sujets qui, dit-il, ne sont pas de ses compétences, mais loin d'être de mauvaise foi, il finit par dénoncer ce trafic.

"Ce commerce a un caractère international. Nous cherchons bien sûr à lutter, en collaboration avec la Belgique, contre ce phénomène négatif", reconnaît l'ambassadeur qui tient à préciser que cette offre, aussi illégale soit-elle, répond avant tout à une demande. "C'est contre cette demande qu'il faut lutter aussi et surtout", poursuit M. Gueorguiev qui préfère laisser la parole à Anelia Ivancheva.

La conseillère des affaires intérieures de l'ambassade bulgare en Belgique confirme que des groupes criminels qui font l'objet d'enquêtes en Bulgarie sont plus actifs à Sliven qu'ailleurs dans le pays. "On connaît la situation mais il nous est impossible d'en expliquer les raisons. Pourquoi plus de filles de cette région ? Nous ne pouvons répondre à cette question, si ce n'est que la situation économique fragile de cette ville en est sans doute un des facteurs non négligeables", précise Anelia Ivancheva qui tient à vanter la collaboration entre polices belge et bulgare depuis dix ans.



Gilbert Dupont et Nawal Bensalem





© La Dernière Heure 2007