Faits divers 17 h, vendredi 12 novembre 1999, Barrière de Saint-Gilles : soudain, Simon se volatilise...

Il nous a fallu plusieurs jours de recherche pour enfin rencontrer Marie-Jeanne, qui partage depuis quelque temps une chambre à deux lits dans un hospice près de la Porte de Hal à Bruxelles. Le soir tombe.

Elle est seule, assise sur le rebord de son lit. Lève la tête. Et puis, au prénom de Simon, un sourire éclaire le visage de la mère de Simon Lembi disparu en 1999, et jamais retrouvé.

En Belgique, ils sont six mineurs d’âge à avoir disparu avant 2000, et toujours manquants. Simon, dernier du nombre, avait 14 ans.

Sa famille était arrivée d’Angola dix jours plus tôt. Simon est l’aîné de 4 enfants. Sa mère, qui est seule, dispose d’un logement du CPAS près de la Barrière de Saint-Gilles.

À 17 heures, le vendredi 12 novembre 1999, Simon tanne sa mère pour aller voir la télévision dans le seul endroit qu’il connaît à proximité, un centre d’accueil à la rue de Parme. L’adolescent promet de rentrer vite. Marie-Jeanne cède. C’était il y a quinze ans. Son fils n’est jamais revenu.

Nous voyant, Marie-Jeanne espérait enfin des nouvelles : on a retrouvé Simon, on sait où il est. Mais non.

1999, c’est quatre ans après l’affaire Dutroux. Il faudra pourtant trois semaines pour que les médias s’inquiètent de la disparition de l’adolescent, trois semaines.

Il n’est pas aisé de comprendre Marie-Jeanne quand elle raconte sa recherche longtemps solitaire. Elle ne connaissait personne. On lui a visiblement parlé de la gare du Midi comme d’un lieu intéressant. On l’imagine en pleurs, avec les trois petits. Qui la comprenait quand elle interpellait les passants, désespérant de leur faire comprendre que son fils a disparu.

Marie-Jeanne se souvient de tout. Elle n’a pas oublié le nom de cette policère-jeunesse de Saint-Gilles qui l’a beaucoup aidée. On s’interroge aussi ? Qui est Simon qui porte un nom - Lembi - différent du sien ? Son fils ? Alors Marie-Jeanne assise sur le rebord du lit mime l’accouchement pour confirmer que oui, Simon est son fils.

La regrettée substitute Nadia De Vroede prend les choses en main. Enfin tout se met en marche. La disparition suscite pourtant peu de témoignage, à peine 17 qui ne débouchent sur rien. Des craintes aussi, comme en octobre 2000 quand un corps lesté d’adolescent africain est sorti d’un canal du côté de Pont-à-Celles.

Simon a disparu près de la Barrière de Saint-Gilles sur un trajet de 5 petites minutes.

Sa mère le rappelle. C’est un adolescent timide qui ne connaît rien ni personne à Bruxelles, à peine trois mots de français, sans argent, sans papier, sans GSM, qui n’a jamais pris les transports en commun : pour elle, la fugue est exclue.

Un accident ? On aurait trouvé le corps.

Reste la piste criminelle d’un pervers qui aurait profité d’un adolescent vulnérable perdu dans une ville qu’il ne connaît pas, d’un pervers qui a réussi son coup comme Dutroux, Derochette et Fourniret ont bien failli réussir les leurs.

Au parquet de Bruxelles, le procureur Jean-Marc Meilleur nous a confié un jour qu’il ne retrouvait pas le dossier de Simon Lembi. Sur le site de la police fédérale, il reste une photo et quelques lignes, comme pour les cinq autres enfants introuvables disparus entre 1983 et 1990, Marc Van Herf, Gevrije Cavas, Ken Heyrman, Nathalie Geijsbregts et Liam Vander Branden.

Aujourd’hui, Simon aurait 30 ans.

Et dans son hospice, sur le rebord d’un lit, sa mère dont le visage se referme quand il nous faut prendre congé d’elle.