Son mari l’a égorgée et a presque décapité sa petite fille de 13 mois : ce que dit le dossier à dix jours du procès.

Quand les enquêteurs lui ont demandé comment il avait égorgé sa femme et quasi décapité sa petite fille de 13 mois Samira, Saad a répondu qu’il avait procédé "comme on égorge un mouton". Et quand il a fallu préciser, Abdullah Saad a dit que cela consiste à "saigner l’animal sans le décapiter, juste pour le sacrifice". À l’autopsie, le légiste de Nivelles a dû indiquer pourtant que la tête de l’enfant ne tenait plus au corps que par des lambeaux de peau et de muscles. Bref, quasi-décollation.

Autant dire qu’elle sera rude, la tâche des avocats Hamid El Abouti et Yannick De Vlaemynck pour éviter la perpétuité au Syrien de 35 ans qui sera jugé dans dix jours par la cour d’assises de Nivelles pour les assassinats de sa femme Noura Horiya, 23 ans, et de leur fille Samira qui, quelques instants plus tôt, jouait par terre avec sa maman, près du séchoir à linge. Le drame, au domicile du couple rue du Bon Bateau à Wavre, date du 17 décembre 2013. On connaît maintenant la vérité. L’atroce, la monstrueuse vérité.

Saad soupçonnait sans preuves sa femme d’infidélité. Tout serait parti d’une discussion où Noura lui aurait demandé si "Dieu pouvait accorder son pardon à une femme adultère". Saad a voulu savoir si elle le trompait ou l’avait trompé. Noura n’a jamais cessé de répondre que non mais, dit-il, "je voyais dans ses yeux qu’elle mentait".

Deux ans et demi d’enquête n’ont pas permis d’identifier un éventuel amant. Abdullah Saad, qui a cherché, n’a trouvé personne. Mais il en était convaincu et convaincu aussi que la petite Samira n’était pas de lui. Au final, on n’a pas trouvé d’amant et l’ADN a prouvé par contre après coup que Samira "était sa fille à 99,99999 %."

Avant d’arriver en Belgique en 2007, Saad fut chauffeur d’officier dans les services syriens d’El Assad. Sur le double égorgement, il explique : "J’ai égorgé Noura du premier coup en la saisissant par les cheveux avec la main gauche tout en passant le couteau (lame courbe de 17 cm) plusieurs fois dans sa gorge. Alors, Samira est venue vers moi. Elle ne pleurait pas. J’ai passé le couteau deux fois dans son cou. Elle a encore fait quelques petits pas puis est tombée".

Deux ans plus tôt, le parquet et l’Office des étrangers s’étaient opposés au mariage. On savait que Saad cherchait "une femme à marier". Sur recours, le couple s’était finalement marié le 28 avril 2012 à Wavre.

Puis Saad a écoulé les bijoux en or du mariage. Sa logique ? "Je l’avais répudiée puisqu’elle était infidèle. Donc je reprenais la dot." Et s’est acheté du whisky, deux canettes de William Lawson : "J’avais entendu dire que ça permettait d’oublier".

Les enquêteurs lui ont parlé des crimes d’honneur. "Ça n’existe pas dans ma région (Syrie). J’ai tué Noura parce que je l’aimais très fort. Je n’ai pas accepté ce qu’elle a fait (quand bien même, mais rappelons que rien n’a été prouvé) . L’honneur n’est pas du tout intervenu dans ma décision de la tuer et de tuer Samira."

Noura portait le voile. Le légiste a émis l’avis que Saad l’a arraché pour "accéder plus facilement à la région cervicale".

Ses proches décrivent Noura comme "un rayon de soleil, toujours souriante". Et Samira : "Elle est née le 7 novembre 2012 à Ottignies. Son entourage était unanimement heureux de l’accueillir. Samira est décrite comme une enfant souriante, dont la courte existence se déroulait sans problème particulier".

Et dire que Saad est cet homme, à ce stade présumé innocent, qui fit la une de l’actualité l’an passé quand la justice a failli le libérer (DH des 7 et 8 mai 2015), à la suite d’un vice de procédure relevé par ses avocats.