"Je suis totalement coupable et impardonnable, et je remercie la justice qui m'a finalement libéré d'un cercle vicieux", a-t-il affirmé. L'homme est poursuivi pour avoir mis en place une vaste escroquerie de type "pyramide de Ponzi", dès 2004, après avoir convaincu de nombreuses personnes rencontrées dans des milieux catholiques, artistiques et aristocratiques belges, d'investir leurs économies.

Le prévenu s'est présenté tête basse face à la juge, déclarant d'emblée qu'il plaidait coupable sur toute la ligne. Pour assurer son repentir, il a comparé ses actes à un "océan d'ordures" et les a qualifiés de "criminels et scandaleux".

Stéphane Bleus a répondu à toutes les questions qui lui étaient posées sur le mécanisme frauduleux qu'il a mis en place, tenant à préciser toutefois que nombre de ses clients, victimes de son escroquerie, l'avaient aussi sollicité pour frauder le fisc.

"Dès 2008 et 2009, beaucoup de gens - appartenant notamment à l'Opus Dei - qui craignaient pour leur argent, après la crise des subprimes et la menace de la levée du secret bancaire au Grand-Duché de Luxembourg, sont venus me voir pour masquer leurs capitaux", a-t-il déclaré. L'homme s'était notamment rendu aux Bahamas fin 2009, avec son associé Xavier Barnich, lui aussi prévenu, pour "aider des clients à évader leurs capitaux hors Europe".

Le prévenu avait détourné une grande partie de l'argent qui lui avait été confié afin d'échapper à une taxation élevée.

Il a tenu à préciser par ailleurs qu'aucune des personnes constituées partie civile contre lui au procès ne faisaient partie de celles qu'il cite comme ayant tenté d'éluder l'impôt. Il a déclaré avoir remis la liste de ces clients-là à la police, immédiatement après son arrestation en 2014.

Stéphane Bleus a par contre constesté que la "Librairie des éditions romaine", qu'il avait créée avenue Louise à Bruxelles, était une "façade pour approcher le milieu catholique" selon les mots du procureur. D'après L'Echo, le nonce apostolique en Belgique et au Luxembourg, Jacinto Berloco, était venu bénir la librairie en décembre 2012 et Monseigneur Léonard, ancien primat de Belgique, y était passé en 2013.

"Les racines gréo-romaines et la littérature étaient une réelle passion pour moi. Je n'ai tout simplement pas eu le temps de développer les activités de la librairie", a expliqué Stéphane Bleus.

De son côté, Xavier Barnich a expliqué avoir pris conscience de l'escroquerie après plusieurs années, ayant fait au départ "entière confiance à Bleus". "Je n'avais pas accès aux comptes. Puis, j'ai commencé à comprendre que ça fonctionnait de manière irrégulière. Il n'y avait pas d'investissements réalisés. Je me suis mis la tête dans le sable", a déclaré Xavier Barnich.

Stéphane Bleus et Xavier Barnich sont prévenus pour avoir mis en place une vaste escroquerie de type "pyramide de Ponzi" au travers de plusieurs sociétés. Il s'agit de proposer à des investisseurs des rendements mirobolants et d'utiliser les fonds des derniers investisseurs pour verser le taux d'intérêt promis aux premiers.

Le système fonctionne tant que la pyramide grandit et qu'il y a régulièrement de nouveaux investisseurs. À défaut, il s'écroule et ce sont les derniers investisseurs qui perdent tout. Ce système avait notamment été utilisé par l'homme d'affaires new-yorkais Bernard Madoff, considéré comme l'auteur de la plus grande escroquerie financière que le monde ait connu.

Dès 2004, Stéphane Bleus était parvenu à créer un réseau important de clients, notamment après s'être habilement introduit dans le milieu de la bourgeoisie catholique et de l'aristocratie belges. Dix ans plus tard, en 2014, son système s'était écroulé et il avait pris la fuite avant d'être retrouvé chez un ami qui le cachait, à Anvers.