Faits divers Une enquête administrative est ouverte à l’athénée royal d’Amadou D., tabassé la semaine dernière pour avoir été pro-Charlie.

Le cabinet de Joëlle Milquet, la ministre de l’Enseignement de la Communauté française, a lancé hier matin une enquête administrative pour suivre l’affaire Amadou, révélée lundi par la DH. "Le préfet de zone est descendu à l’athénée royal Leonardo da Vinci d’Anderlecht, hier matin. Nous attendons un premier rapport dans le courant de la semaine. Nous prenons ces faits très au sérieux. Ce sont des violences commises qui attaquent le socle de nos valeurs", a lancé Olivier Laruelle, porte-parole de la ministre.

Mardi dernier, Amadou D., un jeune de 6e technique automobile, avait été battu comme plâtre par une dizaine de jeunes, à coups de batte de base-ball, juste devant l’établissement, à la sortie des cours. Son tort ? S’être opposé à une pétition demandant la démission de son professeur d’histoire. Cet enseignant avait fait valoir sa consternation à la suite des attentats dans les locaux de Charlie Hebdo, le 7 janvier à Paris. Plusieurs de ses élèves avaient affiché haut et fort leur soutien aux frères Kouachi, qui avaient mené ces attaques.

Amadou D. était l’un des deux élèves sur 18 ayant refusé de signer la pétition contre son prof d’histoire.

Harcelé, il avait tenu bon, au point de se battre avec Younes B., un camarade de classe, le leader présumé de la fronde contre l’enseignant. Amadou D. l’avait dominé. C’est le lendemain, il y a une semaine, qu’il a été attaqué et frappé à de multiples reprises, sans pouvoir se défendre.

Selon nos informations, l’enquête administrative s’intéresse au plus près à un professeur de religion islamique dont le rôle semble des plus troubles dans cette affaire. Amadou D. confirme lui-même cette influence. "C’est cet enseignant qui a conseillé à ses élèves de faire une pétition contre le prof d’histoire", affirme la jeune victime.

Une source proche de l’enquête administrative nous confirme que cet enseignant s’était déjà fait connaître dans le passé et qu’il aurait joué un "rôle trouble" dans l’affaire Amadou. Cette même source regrette également le "manque de soutien apporté à la victime de la part de la direction de l’établissement".

Cet enseignant n’est pas un inconnu : il s’agit du prédicateur Yacob Mahi, proche de Tariq Ramadan, qui a de nombreuses fois fait polémique en Belgique (lire ci-contre). Son nom figure dans les listes d’enseignants de l’athénée royal.

Hier, le ministère de l’Enseignement a confirmé que Younes B. avait été renvoyé de l’athénée royal Leonardo da Vinci. Quant à Amadou D., il a pris un avocat, Me Dimitri de Beco, qui entend sous peu "déposer plainte avec constitution de partie civile".

Menacé de sanctions par l’athénée royal !

Ce lundi matin, la direction de l’athénée royal Leonardo da Vinci a appelé par téléphone Amadou D. pour lui reprocher d’avoir accordé une interview à la DH. Nous nous sommes procuré un enregistrement édifiant de la conversation téléphonique entre le frère de la victime et le secrétariat de l’athénée. Le mot de "sanction" contre le jeune homme, s’il continuait à s’exprimer dans la presse, est clairement lâché par l’interlocutrice. L’athénée royal semblait visiblement vouloir étouffer l’affaire. Rappelons qu’Amadou D. est majeur et que sa parole est libre. Sa famille s’est émue de cette tentative d’intimidation.

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Yacob Mahi, le sulfureux enseignant

Avec le recul, ses propos font réfléchir. Yacob Mahi, professeur de religion islamique, est aujourd’hui sur le gril après l’enquête administrative réalisée à l’athénée royal Leonardo da Vinci, où il donne ses enseignements. Il est aussi accusé par Amadou D. d’avoir poussé ses élèves à demander la démission d’un professeur d’histoire jugé trop partisan de Charlie Hebdo .

En 2012, cet homme avait affirmé sur la RTBF que "l’homosexualité est contre-nature".

En juin 2013, lors d’une conférence à l’Ihecs, il avait soutenu les mouvements de départs de jeunes Belges en Syrie, précisant : "On veut apaiser l’opinion en disant qu’on a mis en prison des jeunes partis se former en Syrie et qui sont des terroristes potentiels pour la sécurité de notre nation. C’est de l’islamophobie grimpante qu’on est en train d’entretenir dans le discours médiatique à cause de nos hommes politiques qui prétendent vouloir libérer les jeunes d’une emprise dogmatique."

Ce proche de Tariq Ramadan avait récemment défrayé la chronique, en novembre 2014, en voulant inviter à la foire musulmane Tareq Al-Suwaidan, un Koweïtien qui affirme qu’Israël est un pays "destiné à être éradiqué entièrement".

En 2003, Pierre Hazette , ministre de l’enseignement secondaire de la Communauté française, avait refusé de nommer Yacob Mahi au poste d’inspecteur des cours de religion islamique, le désignant comme membre des Frères musulmans. Une qualification que Mahi avait alors niée.

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