"Je n'y crois pas", a-t-on entendu dimanche après-midi, quelques heures après que Jürgen Conings ait été retrouvé mort. "Ils l'ont trouvé avant et l'ont emmené pour l'interroger. Quand ils n'ont plus eu besoin de lui, ils l'ont tué et ont mis son corps là !"

C'est l'une des nombreuses théories du complot qui circulent parmi les fans du sympathisant de l'extrême droite. Il existe même des fausses informations qui circulent et font croire que celles-ci proviennent du quoitiden Het Laatste Nieuws et sont diffusées via Telegram.

Les théories de conspiration vont dans toutes les directions. D'une opération de dissimulation et d'un meurtre - "J'ai dit dès le début qu'il serait abattu" - à une lumineuse tactique de diversion du soldat recherché lui-même. "Je pense que c'est un faux corps. Jürgen est en train de fuir. Personne ne fait plus attention à lui de toute façon parce qu'ils pensent tous qu'il est mort."

En fait, vous ne pouvez même pas blâmer tous ces sceptiques. Car les faits prêtent à la suspicion. Le fait que le corps ait été découvert par hasard par des passants, dont un bourgmestre, après que la moitié de l'armée ait cherché en vain pendant des semaines, et surtout le jour de l'anniversaire de Marc Van Ranst... Aucun scénariste n'aurait osé y penser.

Semer délibérément le doute

Mais le doute est aussi délibérément semé. Par exemple, un diffuseur semi-professionnel de théories du complot des Pays-Bas a posté un message d'un soldat qui aurait participé aux recherches et affirme : "Cette zone a été ratissée d'innombrables fois. Il est impossible que nous ayons manqué quelque chose. Certainement un corps dans un verger."

Une capture d'écran d'une nouvelle prétendument publiée sur HLN.BE circule également, avec le titre "Breaking : les blessures par balles de Jurgen Coning indiquent un possible meurtre". Le procureur général a d'ailleurs ouvert une enquête à ce sujet." La faute de frappe dans le nom de Conings pourrait vous interpeller, mais sinon le message semble très authentique. Or, ce n'est pas le cas. L'article n'est jamais apparu sur HLN.BE.

Censure

C'est un mauvais exemple de fake news. D'après ce que nous savons, la fausse information a été postée pour la première fois dans le groupe Telegram "As 1 man behind Jürgen" le dimanche soir à 18 heures 11. Il s'agissait d'un utilisateur portant le pseudonyme de "Vlaamseboy", qui s'était inscrit trois quarts d'heure plus tôt. "Je viens de recevoir ceci d'un ami sur Whatsapp. Il a déjà été mis hors ligne à nouveau ! Censure !", a-t-il écrit sur le groupe.

Les nouvelles déconcertantes qui ne sont apparemment pas autorisées à voir la lumière du jour sont, bien sûr, fundenes fressen pour ceux qui aiment croire aux théories du complot. La fausse nouvelle s'est répandue à la vitesse de l'éclair. Le faux article a été partagé 2 700 fois à partir d'un seul compte Facebook venant d'une dame d'Anvers.

Un demi-milliard d'utilisateurs

Cette dame a toutefois supprimé le poste sans rechigner quand elle a appris que c'était un faux. Mais sur Telegram, où les utilisateurs peuvent rester anonymes beaucoup plus facilement, elle circule toujours et continue de susciter indignation et méfiance. Telegram se confirme donc une fois de plus comme la plateforme où l'on peut faire ce que l'on ne peut pas faire ailleurs.

Ce sont les extrémistes musulmans qui ont été les premiers à le découvrir, lorsque de grands acteurs comme Twitter et Facebook ont commencé à supprimer leurs comptes au moment des combats en Syrie. Et maintenant que la même chose arrive aux extrémistes de droite, aux négationnistes et aux anti-vax, ils se tournent également vers Telegram.

Cette application est déjà la onzième plus grande plateforme de médias sociaux au monde, avec un demi-milliard d'utilisateurs. En Belgique, ce nombre est encore limité et "Like 1 man behind Jürgen", par exemple, est passé de près de 50 000 membres lorsqu'il a été supprimé par Facebook à un peu moins de 3 400 aujourd'hui sur Telegram. Mais en Belgique aussi, le nombre d'utilisateurs augmente rapidement.

Le sang va couler

Là aussi, les choses ne se passent pas sans heurts. Telegram a déjà coopéré avec Europol pour surveiller de près le terrorisme musulman sur sa plateforme. Mais la combinaison de messages privés cryptés et de canaux de communication publics avec un nombre illimité de membres fait qu'il reste un excellent moyen de diffuser des discours de haine et des théories du complot à grande échelle.

"Si tout devait sortir, attendez-vous à une guerre", c'est ce qu'on entend maintenant dans "Un homme derrière Jürgen". Et il y a aussi des menaces non-diluées qui sont proférées. "Le sang coulera putain", a écrit un membre sous le pseudonyme de FightForFreedom, tandis qu'un utilisateur anglophone a suggéré sans retenue : "Tuer Marc Van Ranst serait un hommage à Jürgen, non ?".