Faits divers

La justice suisse exclut la vitesse dans l’enquête sur l’accident du tunnel de Sierre

SIERRE Le choc a été effroyable, mardi soir, vers 21 h 15, dans le tunnel de Sierre en Suisse. Tellement effroyable qu’hier soir, les enquêteurs suisses n’étaient pas en mesure d’identifier tous les corps des victimes de cet accident qui fait a 28 morts, dont 22 enfants, et 24 blessés, certains légèrement mais d’autres plus gravement, dont trois enfants dans le coma et hospitalisés à Lausanne.

On a été en présence d’un choc frontal, très violent, sur un mur de béton” , a dit le commandant de la police valaisanne, Christian Varone.

L’autocar belge, qui circulait en convoi avec deux autres autobus, a pour une raison inconnue dévié de sa trajectoire. La police estime qu’il a heurté le mur de gauche (des traces sont visibles sur le mur et sur le bus) avant de percuter sur la droite le mur en béton qui clôturait la voie de dégagement.

Sur une vidéo filmée dans la matinée par un journaliste suisse, on voit de longues traces noires de freinage avant l’impact. Le tunnel était fermé mercredi après midi à la circulation et aux journalistes, pour éviter le ralentissement des curieux.

Inauguré en 1999, long de 2.460 mètres, le tunnel est moderne et semble répondre à tous les critères de sécurité : l’éclairage est suffisant, des lignes blanches sont tracées le long des bordures pour éviter que les automobilistes mordent sur celles-ci. La vitesse maximale est fixée à 100 km, parfois 80 km/heure si les conditions sont mauvaises.

Mais le drame est arrivé et Eric et Ariane Van Malderen, un couple de Braine-l’Alleud, n’oublieront jamais ce qu’ils ont vu lorsqu’ils sont arrivés dans le tunnel, mardi à 21 h 15. “Tout l’avant du bus était écrasé. On ne voyait plus les chauffeurs. On ne voyait que les enfants qui étaient au milieu car tous les fauteuils étaient encastrés” , raconte Ariane Van Malderen, en face du funérarium de Sion qui a été transformé en chapelle ardente.

Le couple brainois est arrivé en deuxième ou troisième position derrière l’autocar. Le trafic était très fluide. Quand ils ont appelé les secours, ceux-ci avaient déjà été mis au courant par le conducteur d’un véhicule qui a continué sa route en disant aux urgences : “C’est grave”. Eric Van Malderen a tenté de sauver des enfants avant l’arrivée des pompiers. “Je veux savoir si la jeune fille que j’ai sauvée vit encore” , nous a-t-il dit. Le Brainois est un habitué des accidents. Il est courtier en assurances. Il n’a “jamais vu une chose pareille” .

Qu’est-il donc arrivé à l’autocar belge immatriculé GWU-329 ? À Chippis, une bourgade sous laquelle passe le tunnel, c’est la question qui hantait les habitants depuis huit heures du matin. “Ils ont dû faire une demi-heure, maximum trois quarts d’heure pour descendre de Saint-Luc”, dit Pepe Massimo, le patron du Barmax, en montrant la route sinueuse et escarpée qui descend dans la vallée. “Sur cette route, ils auraient pu faire un accident. Mais ici, dans ce tunnel qui vient d’être ouvert, en pleine ligne droite… on ne comprend pas. Je suis en état de choc car mon fils a aussi douze ans.”

À Chippis, des habitants se rendant à des funérailles locales exprimaient leurs sincères condoléances aux journalistes belges.

La justice suisse exclut déjà certaines pistes. En se basant sur les images vidéo du tunnel et les premiers témoignages, elle met de côté certaines hypothèses. “On peut exclure toute interaction avec d’autres véhicules”, affirme le procureur chargé de l’enquête judiciaire, Olivier Elsig. Ensuite, l’analyse des tachygraphes montre qu’“a priori, le véhicule ne circulait pas trop vite” . Il ajoute que “les enfants étaient attachés aux ceintures de sécurité mais, visiblement, cela n’a pas suffi”.

Les enquêteurs poursuivent donc trois hypothèses : un défaut technique, un malaise du conducteur ou une erreur humaine. Une autopsie du chauffeur était hier en cours pour tenter de vérifier si celui-ci a succombé ou non à un malaise.

Des auditions étaient aussi en cours avec des automobilistes qui ont croisé l’autocar belge.

Mais la priorité était hier l’identification des victimes. Le travail est confié à l’Institut médico-légal de Lausanne. Arrivés de Belgique dans l’après-midi, via l’aéroport de Genève, puis emmenés jusqu’à Sion dans des autocars, les parents des victimes ont dû se soumettre à l’effroyable tâche de reconnaître les leurs.




Un mur à 90° qui pose question

Les autorités routières suisses s'interrogent sur les normes actuelles de construction des parois des tunnel dans la Confédération.

"Pour l'instant, les niches dans les tunnels ont cette forme (angle droit, ndlr) car c'est ce qui est prévu dans les normes", a expliqué à l'AFP, un porte-parole de l'Office fédéral des routes (Ofrou), Antonello Laveglia.

"Maintenant il est clair qu'avec ce qui s'est passé il n'est pas exclu que quelque chose va être rediscuté ou changé", a-t-il dit.

"L'accident qui a eu lieu est une occasion de réfléchir sur cette thématique", a-t-il insisté.

M. Laveglia a par ailleurs indiqué que ces normes étaient établies par la Société suisse des ingénieurs et architectes (SIA), qui n'avait pas de réponse immédiate à donner à l'AFP sur le sujet.

Le tunnel de Sierre, construit en 1999, est long de 2.500 m.

"En ce qui concerne le tunnel de Sierre, (...), c'est un tunnel qui respecte les normes les plus actuelles" en termes de "ventilation, issues de secours, signalisation et approvisionnement en énergie", a déclaré M. Laveglia.


Le tunnel répond aux normes de sécurité

Le tunnel de Sierre répond à toutes les normes de sécurité, y compris les accotements de sécurité, a indiqué Guido Bielman, de l'Office fédéral des routes (Ofrou) sur le site 20min.ch.

L'Ofrou est responsable des tunnels helvétiques. "Il existe des normes concernant les tunnels, et les accotements de sécurité. Elles varient en fonction de la longueur des tunnels, mais elle sont indispensables pour ceux dont la longueur oscillent entre 600 à 900 mètres", a indiqué M. Bielman.
Leur délimitation est également réglementée: les parois de début et de fin doivent être rectangulaires, et jusqu'à présent, il n'y a jamais eu de problème, d'après ce responsable.

"La longueur minimum de ces accotements doit être de 50 mètres, avec des rails de sécurité le long des parois, comme c'est le cas à Sierre", a-t-il ajouté.
M. Bielman indique également que des leçons en matière de sécurité sont tirées après chaque accident, et qu'il en ira ainsi après le drame de Sierre. "Si des aménagements sont nécessaires, ils seront effectués", confirme-t-il. Il a par ailleurs rappelé que la sécurité dans les tunnels, y compris celui de Sierre, était constamment contrôlée.

© La Dernière Heure 2012