Faits divers Qualifiés de "traîtres à la communauté", les agents de Molenbeek restent de marbre.

Samedi dernier, des insultes en arabe ont été proférées par un automobiliste à l’encontre de trois policiers de la zone Bruxelles Ouest, dont deux issus de la communauté. Les insultes, qui les traitaient de "traîtres à la communauté", s’adressaient spécifiquement à eux. À travers la religion, l’injure la plus blessante visait leurs mères.

La scène a été filmée. Selon nos informations, la zone de police a dressé procès-verbal pour outrage à agent, rébellion et discrimination en fonction de la communauté d’appartenance.

Les faits ont eu lieu vers 13 h 40 à Molenbeek où se déroulait le traditionnel (26e édition !) et si convivial Jogging Foyer.

"Des policiers se trouvaient un peu partout sur le parcours, confie Abdel à qui l’on doit la vidéo. Au départ, l’automobiliste dans l’Audi blanche était interpellé pour GSM au volant. Il s’est tout de suite emporté en reprochant spécialement aux policiers d’origine arabe d’être jaloux de sa voiture qu’ils ne pourraient jamais se payer."

Les policiers ont souhaité ne pas envenimer. C’était, selon Abdel, un mélange d’arabe et de français. "Les flics, tous les mêmes, tous des salauds", lançait l’automobiliste, poursuivant avec des "trous du c...". Puis : "Viens avec moi pour un face-à-face, tu vas voir ce que je vais te faire" , avant d’enfin s’en prendre à la profession de la mère d’un policier ainsi qu’aux fondements les plus intimes de celle-ci.

Si la police encourage le recrutement, beaucoup souffrent en silence d’être assimilés à des traîtres. Un problème, nous confirme-t-on à Molenbeek, "qu’on ne veut pas voir".

Si la scène a duré "plusieurs minutes", Abdel n’a filmé que les 29 dernières secondes. "Au Maroc, il n’aurait jamais osé dire le quart du tiers, poursuit Abdel dont la famille provient du nord du Maroc. Cela n’aurait pas traîné pour qu’il se retrouve plaqué au sol et menotté dans le dos. Un attroupement s’était formé. Il y avait des enfants. Quand on l’a laissé partir, j’ai pensé : quelle leçon pour les gosses ! On leur montrait qu’on peut insulter des policiers et encore passer pour un héros parce qu’au fond, ce type avait tenu tête aux trois."

Parmi d’autres insultes, il y a eu celle-ci : "An Werrik chnou dine dyemmak."

Dans la communauté , Khalil Z. explique : "C’est probablement la pire. C’est comme si l’on vous disait : ‘Je vais montrer à la putain de ta mère.’ La pire puisqu’elle se rapporte aussi à la religion de la mère du policier, religion qui est l’islam. En fait, il insulte aussi l’islam."

Comme la vidéo le montre, l’individu, qui continue d’outrager, est autorisé à démarrer. Les policiers sont restés de marbre. Ceux-ci proviennent de la division de Molenbeek. Pour beaucoup, encaisser fait partie du métier.

Quai des Charbonnage, leur priorité, samedi, était de veiller à la sécurité du public et à celle des participants au jogging.

Renseignements pris au parquet de Bruxelles, l’outrage à agent est punissable de 8 jours à 1 mois d’emprisonnement et de 26 à 200 euros.

La rébellion contre agent : de 8 jours à 6 mois.

Pour discrimination en fonction de la communauté d’appartenance, l’auteur encourt une peine d’emprisonnement de 1 mois à 1 an et/ou une amende de 50 à 1 000 euros.