Magnitude 5,1: le 4e plus fort séisme ressenti en Belgique depuis 1900

BRUXELLES Durant 4 à 5 secondes, lundi à 7 h 45, la Belgique a tremblé. Un séisme d'une magnitude assez importante (5,1 sur l'échelle de Richter, selon l'Observatoire royal de Belgique) mais qui n'a fait que très peu de dégâts. Le coeur du tremblement de terre était situé hors de nos frontières et, surtout, profondément sous terre.

L'épicentre a été localisé en Allemagne, à deux ou trois kilomètres au nord d'Eischweiler, une ville à l'est d'Aix-la-Chapelle, non loin donc de la frontière belgo-néerlandaise. Toute cette région est connue depuis longtemps comme un site d'activités sismiques. `C'est une zone bien connue de faiblesse de la croûte terrestre´, nous explique Thierry Camelbeeck, spécialiste des tremblements de terre à l'Observatoire d'Uccle. Le foyer, c'est-à-dire l'endroit précis de la fracture, est estimé à une profondeur de 12 kilomètres sous Eischweiler.

Avec une magnitude de 5,1, la secousse de lundi est la 4e la plus forte ressentie depuis 1900.

Le séisme a été ressenti dans tout le pays, mais surtout dans l'est, et notamment dans la province de Liège. La secousse a été suffisamment longue et forte pour réveiller des gens qui dormaient, ou faire peur à ceux qui étaient déjà éveillés. Mais il s'en est trouvé pour ne rien ressentir du tout!

Appel à témoins

Les services de pompiers du pays ont enregistré de nombreux appels, principalement dans l'est du pays. Les particuliers voulaient savoir ce qui s'était passé.Dès lundi, l'Observatoire royal a collecté un maximum d'informations via ses stations locales. Il a aussi lancé un appel à témoins en vue de définir l'étendue de la zone de perception du tremblement de terre en Belgique et son intensité. On vous demande, par exemple, si les cadres de votre habitation ont bougé. Un questionnaire est à remplir sur le site Internet de l'Observatoire (www.astro.oma.be/SEISMO).

Plus fort que Liège

Les deux derniers tremblements de terre importants ressentis en Belgique remontaient au 20 juin 1995 (épicentre au Roeulx) et, surtout, au 13 avril 1992 (épicentre à Roermond, aux Pays-Bas). Depuis 1900, deux séismes ont fait des dégâts: Audenarde, le 11 juin 1938, et Liège, le 8 novembre 1983.

Paradoxalement, la secousse de lundi avait une magnitude supérieure à celle de Liège en 1983, mais a fait moins de casse. `A Liège, le foyer du séisme était situé à une profondeur de 5,8 km seulement´, explique Thierry Camelbeeck, soit deux fois plus près de la surface que celui d'Eischweiler.

Lors de la plupart des tremblements de terre importants, des répliques suivent. Doit-on craindre de nouvelles secousses? `C'est probable, mais elles devraient être d'intensité moindre, dit encore M. Camelbeeck. Mais il n'est pas exclu qu'une secousse provienne d'une autre faille, déstabilisée par le séisme de lundi, et que ce nouveau tremblement de terre soit plus important´. Pour quand, ces éventuelles répliques? `Dans les jours, les semaines ou même les mois qui viennent... C'est imprévisible´.

C'est quoi un séisme?

Pour faire simple, la croûte terrestre, la couche superficielle de notre planète, flotte sur le magma, de la roche en fusion, qui constitue l'essentiel de la grosse boule sur laquelle nous vivons. La croûte est constituée de différentes plaques gigantesques, qui bougent (de 1 à 18 centimètres par an, selon les endroits du monde).

Ces plaques se touchent, se frottent, coulissent les unes contre les autres (c'est la tectonique des plaques). Et ces mouvements ont des conséquences à la surface de la Terre, le plus souvent aux frontières des plaques. Des volcans se forment, laissant remonter brutalement du magma, ou des séismes, des tremblements de terre, se produisent.

Les mouvements des plaques soumettent les roches à des tensions gigantesques. Les roches résistent jusqu'à un certain point, puis cassent. C'est cette cassure, ainsi que le déplacement des roches le long de la cassure, de la faille, qui entraînent des vibrations, appelées ondes sismiques. Ce sont ces ondes qui font trembler le sol et les bâtiments.

Le foyer du séisme désigne l'endroit où la cassure a eu lieu. Il se situe en profondeur, souvent à des kilomètres sous terre. L' épicentre désigne le point qui se trouve à la verticale du foyer, sur la surface du globe. Le plus souvent, c'est près de l'épicentre que la force du tremblement est la plus ressentie, mais les ondes peuvent se déplacer sur des centaines de kilomètres.

L'intensité des séismes est mesurée par des appareils relevant l'amplitude des ondes. On compare généralement les différents tremblements de terre sur l' échelle de Richter (mise au point par l'Américain Charles Richter en 1935 pour classer les séismes en Californie). Cette échelle est graduée en degrés, en magnitudes, de 1 à 10 (il n'y a, en fait, pas de limite supérieure). Chaque élévation de 1 degré correspond à une multiplication par 30 environ de l'énergie sismique libérée. La plus forte magnitude connue a été enregistrée en Chine en 1920: 8,6. A partir d'un degré 4, on peut vraiment parler de tremblement de terre. Et dès la magnitude 6, les dégâts peuvent être très conséquents. L'ampleur des catastrophes ne dépend cependant pas seulement de la magnitude. La densité de population et la qualité des bâtiments, notamment, interviennent aussi.


© La Dernière Heure 2002