L’ancien militaire est aujourd’hui très diminué : "Il dit des choses qui n’ont plus de sens."

Que répond Jean Bougerol aux accusations graves portées par un journaliste flamand dans l’affaire des tueries du Brabant ? Âgé de 85 ans, Bougerol, un ancien militaire ayant terminé au grade de major, a accompli une bonne partie de sa carrière dans les forces belges en Allemagne. Sa réputation y était sulfureuse. Pour ne citer qu’un exemple : en septembre 1983, quand on a appris après la tuerie du Colruyt de Nivelles comment les auteurs en fuite avec deux voitures ont pris en sandwich un véhicule de police (une manœuvre qui ne s’improvise pas), des militaires connaissant Jean Bougerol ont réagi : "Ça, c’est du Bougerol."

Depuis tout un temps, on s’interrogeait sur cet obscur officier des FBA qui étonnait parce qu’il entrait sans frapper chez Paul Vanden Boeynants, à l’époque où VDB dirigeait la Défense.

Bougerol était marié. Quand il y a eu les tueries, même sa femme a songé à lui.

Dans son livre (paru aux éditions Kritak), le journaliste Guy Bouten accuse nommément Bougerol d’avoir été le stratège des attaques des tueurs. Pour Bouten, qui reprend l’hypothèse connue, "une combinaison de policiers, de militaires, de politiciens et d’hommes d’affaires d’extrême droite et la mafia se cache derrière les faits. En créant un climat de terreur, ils voulaient installer un ‘État fort’ en Belgique".

Selon Bouten, le chef des attaques était l’ancien gendarme Bouhouche. Bouten a trouvé des écrits de Madani Bouhouche dans ce village des Pyrénées où il est mort en 2005. Pour Bouten, "c’était un groupe d’hommes différents qui collectaient les armes partout et les cachaient. De Michel Cocu à De Staercke, leurs visages correspondent parfois littéralement aux portraits-robots". Bouten ajoute le nom de Roger Beuckels, un mercenaire brugeois qui fut actif au Congo. À l’époque, ce Beuckels, surnommé le Gitan, vivait du côté de Hoeilaart et Dilbeek, de façon très marginale, en caravane.

Et pour Bouten, le major Bougerol était le stratège qui donnait les ordres. "Bougerol est toujours en vie et aurait un dossier chez un notaire contenant beaucoup de noms et de méfaits de personnes de haut rang. Il est vieux et en fauteuil roulant mais il aurait toujours une arme à portée de main. Je pense qu’il a organisé les tueries du Brabant avec la connaissance du patron de la Sûreté de l’État de l’époque. Je pense qu’ils ont travaillé pour la CIA américaine et le colonel (général, NdlR) Haig, alors secrétaire d’État américain."

Bougerol n’est plus en fauteuil roulant, comme l’écrit Bouten. Depuis des mois, il ne quitte plus le lit dans sa maison de repos médicalisée.

Bougerol a été marié deux fois. Sa première femme n’a rien de positif à dire de lui. Elle se souvient d’avoir été indignée par le comportement de son mari, au point d’avoir dû lui dire : "Tu ne vas quand même pas tirer (ouvrir le feu) sur des compatriotes (à propos d’un incident très antérieur aux tueries, NdlR)."

Sa seconde épouse, dont il a également divorcé, est la dernière à lui rendre visite.

Bouten publie son livre à un moment où l’homme est donc très diminué. "Il parle mais raconte des choses qui n’ont plus de sens", nous a-t-on assuré, hier.