Stephan Picron, ancien policier, est accusé d’assassinat aux assises de Bruxelles.

Ce devait être le procès de l’année. Trois hommes qui comparaissent pour l’assassinat de Robert Dupuis, un riche plombier, abattu devant chez lui à Etterbeek, en 2011. Parmi les accusés, un tireur, Mousa Touili, en aveux, un commanditaire présumé qui nie, David Dupuis, qui n’est autre que le fils de la victime. Et le troisième, suspecté d’être l’exécutant, Stephan Picron, ex-policier, qui affirme son innocence. Et qui, du fait de l’actualité, se retrouve sans avocat, et a obtenu la suspension du procès d’assises.

La DH a été sollicitée par Stephan Picron et a accepté, à la condition que les faits qui l’ont mené devant la cour d’assises ne soient pas évoqués.

Cet homme de 48 ans est libre depuis 2012. Mardi, il y a deux semaines, il se rend aux assises de Bruxelles et n’y voit pas son avocat. "La stagiaire de Me Martins est là, et me dit que son patron est malade. Bon. On apprendra tous, l’après-midi, qu’il était en fait privé de liberté", souffle Stephan Picron. D’emblée, se pose le problème de sa défense. Stephan Picron encourt la réclusion criminelle à perpétuité et se retrouve du jour au lendemain sans avocat pour le défendre.

Me Sven Mary , proche de Me Martins et qui a défendu Stephan Picron au tout début de l’enquête, se propose pour prendre la suite. Mais la mission est trop compliquée. Il y a 18 cartons à lire, soit des milliers de pages, et le laps de temps - une semaine - est trop court pour un avocat à l’agenda fort chargé. "Me Mary est un grand avocat, je l’estime beaucoup. Mais j’ai construit mon dossier avec Me Martins."

Me Mary a demandé la remise du procès pour étudier le dossier mais la cour l’a refusé. Alors Stephan Picron a demandé la révocation pure et simple de la présidente de la cour d’assises, Laurence Massart. "L’avocat général a dit que l’on risquait de libérer David Dupuis, au risque qu’il prenne la fuite. Mais à cause de cela, je n’aurai plus le droit de me défendre ? Alors que j’encours la prison à vie ? J’ai besoin de me défendre, on n’est pas chez les Papous !", lance l’accusé. Il estime qu’il y a "une pression énorme sur ce procès, sur fond de guerre des juges. Je ne veux pas échapper à la justice. Je suis innocent et je veux avancer mes pièces paisiblement, afin de le prouver. Si j’avais voulu fuir, je l’aurais fait depuis quatre ans… Aujourd’hui, je suis entouré, je sais me défendre. Si quelqu’un sans instruction avait été à ma place, il serait mort. Et c’est profondément injuste".

Ancien policier de la zone Bruxelles-Montgomery puis agent de sécurité, le quadragénaire reconnaît avoir eu une période de sa vie difficile, entre alcool, cocaïne et "mauvaises fréquentations".

Aujourd’hui, il travaille dans un garage mis en sommeil pendant le procès. Soutien d’Olivier Martins, "un homme entier, une belle personne, pleine de principes", il attend la suite. On saura, le 29 mai, si la cour d’assises sera toujours présidée par Mme Massart.