À 70 ans, la mère du Belge tué sur les chemins de Compostelle l’an passé refait par étapes les 800 km du pèlerinage mortel de son fils.

Parce qu’elle veut comprendre qui a tué son fils, pourquoi et comment, une Belge dont le fils est mort l’an passé sur les chemins de Compostelle refait depuis quinze jours le parcours de 800 km. "À chaque pas, je pense à Jeroen. Émotionnellement, c’est très dur", confie Rita Lootens, 70 ans, la (courageuse) mère de Jeroen Schelstraete tué le 9 septembre 2016 dans le nord de l’Espagne, et dont le corps fut retrouvé jeté dans du compost dans un parc à containers à San Roman de la Vega.

Le Belge de 41 ans a été tué d’un coup violent à la tête. La police espagnole enquête depuis dix mois, à ce stade sans résultat : "Juste avant l’été, j’ai vidé la maison de Jeroen et je l’ai vendue. Pour une maman, c’était très dur", soupire Rita Lootens.

Parce que l’enquête ne progresse plus, la Belge a décidé de se rendre sur place, au départ de Roncevaux, en Navarre. "C’est là que j’avais déposé mon fils fin août. C’est là que je l’ai vu en vie la dernière fois, qu’on a bu notre dernier café, c’est de là qu’il est parti. J’ai tout voulu refaire, en marchant dans ses pas."

Reconstituer les étapes n’est pas compliqué. "Jeroen me téléphonait régulièrement parce qu’il savait que je connaissais plein d’adresses."

Des étapes souvent au-dessus de ses forces, souvent trop longues pour elle, par 45 degrés. "J’ai souvent dû m’arrêter. Impossible de continuer. Maintenant, je me limite à 10 à 12 km par jour. Nous avions mon fils et moi fait le pèlerinage ensemble précédemment. Et donc plein de souvenirs me reviennent et m’aident à continuer. Ce n’était pas possible l’an passé (de refaire Compostelle à nous deux), mais sa copine me remplaçait et marchait avec lui. Je n’avais pas d’inquiétudes. Oui, je suis heureuse que Jeroen ait encore pu marcher vers Saint-Jacques."

Hier, sa mère se trouvait à Los Arcos, à une adresse où elle est certaine que son fils s’est arrêté. "Il m’avait téléphoné. Je lui avais donné l’adresse de cette auberge où je savais qu’il aurait accès gratuitement à la piscine. Jeroen a pu en profiter toute une journée. Comme moi aujourd’hui."

Des gens de rencontre la questionnent. Rita Lootens : "Je leur raconte l’histoire de mon fils et ce qui lui est arrivé, qu’on l’a tué en chemin et qu’on ne sait pas qui, ni pourquoi ni comment. Un jeune Sud-Américain de 25 ans a pleuré. Je vais cesser de tout raconter. Ça devient trop dur. Mais une amie de Jeroen m’a téléphoné pour me dire que mon fils serait fier de moi."

Le parquet fédéral belge a demandé l’accès au dossier aux autorités espagnoles. Rita Lootens espère toujours que l’enquête aboutira. Elle ne fera pas les 800 km d’une traite. "Mon fils a été tué début septembre. Je reviendrai à cette date, pour le premier anniversaire."