Comment expliquez-vous que ces jeunes hommes n’aient pas le sentiment d’avoir été des victimes ?  

"Cela paraît invraisemblable et scandaleux que des personnes vivent cette expérience sans trouver cela abominable. C’est tout à fait politiquement incorrect, mais ce n’est franchement pas nouveau.  On le sait depuis toujours. On ne veut pas le savoir, mais c’est comme ça. Il y a un certain nombre de personnes qui ont eu des expériences en tant que mineurs avec des personnes plus âgées et qui ne voient pas ça comme une violence, un désavantage et qui voient ça comme quelque chose de plutôt positif et favorable. On a beau s’en indigner, mais ce qu’un certain nombre de personnes vivent, c’est cela."  

Y a-t-il eu des études scientifiques qui objectivent leur sentiment ?  

"Oui. Le plus grand scandale de l’édition américaine, il y a une dizaine d’années, ce sont des chercheurs qui, de façon très raisonnable, ont constaté, en étudiant des individus qui avaient eu des expériences sexuelles inappropriées durant leur minorité, qu’il y avait un certain nombre de ces gens qui n’avaient strictement aucune séquelle et disaient que c’était plutôt positif."

Vous avez étudié la question ?  

"Oui. À l’époque, j’ai fait passer un questionnaire à des étudiants en première candidature. Il y avait 4 à 5 % de personnes qui rapportaient avoir eu des expériences sexuelles avec des adultes alors qu’ils étaient encore mineurs. Je leur posais ensuite la question suivante : est-ce que c’est une expérience positive ou négative. La moitié répondait négative, l’autre positive. La réalité, c’est ça."  

Nombre d’entre nous ne comprendront pourtant jamais…  

"L’indignation morale et populaire, c’est autre chose. Je constate qu’il y a un mouvement de répression finalement très sévère et très paradoxal parce que, dans le même temps, on sexualise toute la société, y compris les jeunes, et puis il y a une indignation curieuse. Une indignation qui empêche d’observer les phénomènes tels qu’ils sont et d’entendre ce que les gens disent. Qu’une victime dise entre guillemets qu’elle n’est pas victime, les gens de ma profession et le reste de la population vont dire : Mais c’est impossible. Il est encore plus malade qu’il ne le croit. […] Ça paraît scandaleux, invraisemblable et tout ce qu’on veut. Ce n’est évidemment pas conforme à la loi. Mais il ne faut pas tout mêler. Ce n’est pas parce que c’est illégal que c’est nécessairement insupportable pour tout le monde. […] Je ne défends pas du tout ce genre de chose. Je n’y suis pas favorable. Mes propos ne traduisent pas une tolérance ou un conseil de quelque nature que ce soit. Je suis psy. Je ne suis pas là pour faire la loi ou la morale. Je constate que si on interroge un enfant qui a été enfermé à Auschwitz, on ne trouve pas scandaleux qu’il aille bien. On trouve que c’est extraordinaire qu’il ait pu encaisser l’expérience. […] Je ne vois pourquoi cela serait différent en supposant que toutes les expériences terriblement destructrices, ce qui n’est pas le cas, qu’on pourrait trouver plutôt remarquable que des gens s’en sortent très bien, mais ce n’est pas du tout le discours : une victime n’a pas le droit d’aller bien." 

La pédophilie suscite l’indignation populaire : une analyse en la matière ?  

"Dans le domaine de la pédophilie et des délits sexuels, un bon nombre de gens jouissent par délits interposés. […] Une des meilleures façons de se défendre de son trouble, c’est de condamner les autres. Les puritains, ce sont les plus grands obsédés sexuels au monde, il faut bien le dire. C’est vrai aussi pour la pédophilie. Vous savez comme moi que parmi les gens se trouvant au premier rang de la marche blanche, on a tout de même détecté des vrais pédophiles. C’est assez classique. On se défend contre des choses qu’on a en soi en condamnant les autres. Je ne dis pas non plus que tous les gens qui s’indignent contre la pédophilie sont des pédophiles. Je dis simplement que ce n’est pas simplement un fait objectif que l’on estime nuisible."