Déstabilisation de restaurants concurrents, livreur colombien présenté comme espagnol, faux gérants et entorses multiples au droit du travail: le patron d'un franchisé Pizza Hut était assigné jeudi devant le Conseil des Prud'hommes de Paris.

L'audience de conciliation n'ayant abouti, l'affaire a été renvoyée au 6 mai.

Contactés, ni le gérant absent à l'audience et qui accuse en retour ses employés de vol, ni son avocat Me Bruce Aoudai n'ont souhaité s'exprimer.

"Nous avons eu vent de l'existence de reproches formulés par plusieurs salariés de ce franchisé (...) Si des abus ou manquements au droit du travail s'avéraient exacts, ils sont intolérables et nous les condamnons fortement", a réagi auprès de l'AFP la marque Pizza Hut, filiale du groupe américain Yum! Brands.

Tout est parti d'une plainte au commissariat d'un assistant manager, qui a ensuite été licencié oralement en mars 2021, "en dehors de toute procédure, sans préavis ni indemnité", selon son avocat Me Kevin Mention.

"Il ne payait pas les heures supplémentaires, ne respectait pas les jours de repos, m'a placé en activité partielle pour toucher des aides gouvernementales et il m'a même déclaré contre mon gré comme gérant dans les annonces légales pour dissimuler ses responsabilités", affirme l'ancien assistant Ibrahima Traoré à l'AFP.

Neuf autres salariés ont également quitté le magasin et l'attaquent devant la justice prudhommale.

Transmises à l'AFP, les conclusions de l'avocat des employés mentionnent de faux bulletins de salaires pour bénéficier du chômage partiel, des fraudes à l'aide spécifique sur la prise en charge des congés payés, des manipulations sur la pointeuse pour ne pas payer d'heures supplémentaires, des déclarations d'absences injustifiées.

La société aurait également demandé à un employé colombien de lui fournir l'identité d'un ami espagnol pour pouvoir l'embaucher, précise l'accusation. Ce livreur travaillant plus de 80 heures hebdomadaires était payé 3 euros nets par course.

"Il nous montrait qu'en un claquement de doigts, il pouvait nous remplacer, assure Issak Mian, embauché en 2013. Il virait des gens par un simple message".

Les salariés s'étonnent également de certaines pratiques concurrentielles de leur patron qui leur demandaient de se faire passer pour des employés d'autres restaurants du quartier auprès des plateformes de livraison afin de modifier les horaires d'ouverture des enseignes rivales et de récupérer leurs commandes, soutient l'avocat des plaignants dans ses conclusions.

Toujours selon Me Mention, le gérant se rendait également avec un brouilleur wifi chez ses concurrents afin de perturber leurs prises de commandes.

Et il aurait également mis en place un système de fausses commandes sur les plateformes afin d'obtenir par la suite le remboursement de ces commandes prétendument non arrivées.

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