Faits divers

Le forcené aimait pousser la chansonnette

MOUSCRON Son style vestimentaire rétro, lorsqu'il quittait son uniforme de douanier une fois sa journée terminée, et sa mine joviale sont deux clichés qui resteront gravés dans la mémoire de ceux qui ont côtoyé Francis Hygneau dans les établissements populaires de la vieille ville de Mouscron.

Dans la cité frontalière, l'ambiance dans les troquets n'a pas son pareil. Et lorsqu'il fallait pousser la chansonnette, Francis Hygneau était de la partie. Il aimait particulièrement les karaokés. Le douanier était un homme gai qui aimait chanter. Il avait même pris le nom de scène de Francis André, un nom sous lequel il avait enregistré avec son accent picard La danse des crapauds.

L'autre face du disque était... Bonne fête maman. Sur la pochette du vinyle, on y voit un Francis Hygneau relax sur le bord d'un plan d'eau du parc communal posant sous le regard de deux jeunes filles au regard admiratif. Comment ce gai luron d'origine dottignienne de 62 ans a-t-il pu basculer du bonheur de vivre au rôle de tueur sanguinaire, au point de faire passer de vie à trépas son fils Olivier né d'une union avec Chantal Decrits, son épouse ? Peu avant de commettre l'irréparable, le douanier, pourtant divorcé depuis un an, s'était payé des vacances au Maroc en compagnie de son ex-épouse. Le couple avait bien vécu quelques périodes houleuses. Mais de là à prendre un 9 mm et tuer froidement deux personnes puis retourner l'arme contre lui, c'est incompréhensible. Personne dans son quartier n'arrive à comprendre. Francis et Chantal semblaient garder des contacts. Elle l'avait même aidé dans ses choix pour l'aménagement de son logement après leur rupture. Certes, des disputes survenaient parfois, mais elles n'avaient jamais débordé sur de tels véritables actes de violence.

C'est vrai que les policiers durent mettre fin à des bagarres, car Francis battait sa femme quand il était saoul... Ces derniers temps, ses amis du quartier avaient remarqué que Francis avait perdu sa bonne humeur. Il ne poussait plus la chansonnette après quelques chopes. Dimanche dernier, les ex-époux Hygneau ont été vus dans un café de Mouscron. Était-ce pour recoller les morceaux ? Personne n'aura de réponse. Sa séparation avec sa femme, sa prochaine mise à la retraite et le changement de vie ont probablement été des éléments déclencheurs à cet acte.

La fusillade a aussi laissé un orphelin de 2 ans, le petit-fils de Francis, l'enfant d'Olivier. Virginie Vandenbroucke, la belle-fille de l'auteur des faits, n'est pas en mesure de témoigner. C'est son père qui nous a répondu au téléphone. "Ma fille a besoin de calme. C'est tellement irréel que nous ne pouvons comprendre cet acte. Olivier est une victime collatérale d'une dispute violente entre époux. C'est un drame passionnel uniquement. Mon beau-fils et sa femme n'ont jamais connu de problème avec l'auteur des faits." L'homme était visiblement aussi en état de choc, tout en répondant avec courtoisie. "Nous avons besoin de calme, loin de la pression médiatique." Olivier Hygneau avait 34 ans. Il était enseignant à la recherche d'un emploi.



© La Dernière Heure 2008