Des dizaines d'habitants sont descendus dans les rues d'Anderlecht, ce samedi après-midi. Vives confrontations avec la police.

La police de la zone Bruxelles-Midi intervient depuis ce samedi 14h à différents endroits sur le territoire de la commune d'Anderlecht, à la suite d'appels au rassemblement lancés en réaction au décès vendredi soir d'un jeune homme de 19 ans. Adil est décédé lors d'une course-poursuite avec la police.

Ce rassemblement d'une cinquantaine de personnes s'est traduit en émeutes. Des combis ont été la cible de cailloux. Des coups de feu ont été tirés. Deux policiers ont été blessés, l'un par un pavé, l'autre par un cocktail Molotov. Vers 15h30, un groupe a pillé un combi de police et a ainsi pu voler une arme. Celle-ci a toutefois pu être retrouvée plus tard.

Une centaine de policiers ont dû intervenir, avec l'appui d'autres zones. Le quartier autour de la maison communale, près de la station de métro Clémenceau, a été bouclé. Un canon à eau a été envoyé, ainsi qu'un hélicoptère. Il y a 43 arrestations au total.

C'est un dramatique accident survenu vendredi soir qui a mis le feu aux poudres.

Des patrouilles de la zone Midi (Anderlecht, Forest, Saint-Gilles) se trouvaient dans le quartier de Cureghem pour faire respecter les mesures de confinement imposées par le coronavirus.

Vers 21 heures, deux jeunes circulaient sur des scooters aux alentours de la Place du Conseil, attirant ainsi l'attention d'une patrouille de la ZP Midi .

L'un d'entre eux a voulu se soustraire au contrôle en refusant de s'arrêter.

La patrouille, de la BAC (Brigade anti-criminalité), a entamé une poursuite. Le jeune homme a accéléré et pris la fuite: la police l'a poursuivi dans plusieurs rues d'Anderlecht.

Le conducteur de 19 ans, prénommé Adil, est parvenu à s'échapper en passant à travers des potelets, de sorte que le véhicule de patrouille s'est retrouvé bloqué. Le fuyard a ainsi atteint le Quai de l'industrie.

Un deuxième véhicule de police est arrivé à contresens. A un moment donné, le conducteur du Booster, qui suivait une camionnette, aurait déboîté pour la dépasser alors que celle-ci s'apprêtait à croiser le véhicule de police.

Le scooter a alors percuté de plein fouet l'avant gauche de ce véhicule. Le jeune homme est décédé sur le coup.

Avisé, le Parquet s'est rendu sur place, rejoint par le laboratoire, un médecin légiste et un expert automobile. Les deux véhicules en cause ont été saisis. Les policiers ont été entendus. Une enquête judiciaire est en cours afin de déterminer les circonstances exactes.

Suite à ce décès, la situation a été tendue durant la nuit. A tout le moins, une citerne de camion, heureusement vide, a été incendiée au quartier du Peterbos: "Nous suspectons un lien avec le décès du jeune homme", commente le bourgmestre Fabrice Cumps qui, ce samedi, a rencontré la famille du défunt.

Ce décès a suscité une vive émotion, notamment sur les réseaux sociaux. Dès ce samedi matin, la tension était vive dans le quartier Cureghem et la présence policière était importante, nous ont signalé des habitants du quartier. Un hélicoptère de la police fédérale a survolé le quartier de la chaussée de Mons, à hauteur des boulevards de la Petite Ceinture.


Très vite, un appel sur Facebook au rassemblement a été lancé.

"J'ai eu une réunion avec la police ce samedi matin", nous expliquait le bourgmestre Fabrice Cumps ce samedi à midi. "Pour ce rassemblement, il n'y a pas d'appel à la violence mais nous sommes parés à toutes les hypothèses."

Et de fait, en début d'après-midi, une cinquantaine de personnes se sont donc réunies dans le quartier de la station de métro. La police est intervenue, les rassemblements étant interdits, et la situation a évolué en émeutes. En fin d'après midi, la situation était sous contrôle. " Mais la police continue de suivre le groupe qui est mobile. Nous n'avons aucune garantie que d'autres incidents n'éclateront pas", commentait le bourgmestre à 17h30. A ce moment-là, le groupe était signalé du côté de la rue Wayez, de l'autre côté du canal.

La police de la zone Bruxelles-Midi a indiqué, samedi vers 18h, que la situation était sous contrôle. Le chef de corps de la zone, Patrick Evenepoel, a précisé que l'opération pourrait néanmoins encore se poursuivre jusque tard dans la soirée samedi voire jusqu'à dimanche matin. Il a encore indiqué que vingt-cinq personnes ont été arrêtées, mais il n'est pas encore déterminé si ces arrestations seront judiciaires ou administratives. La police relève encore qu'une personne a été blessée et qu'une policière a fait un malaise au cours des opérations.

Samedi après-midi, l'oncle d'Adil a véhiculé sur les réseaux sociaux un message vocal d'apaisement: "Arrêtez de tout casser. On n'est pas bien. On est en deuil. On est déjà mal dans notre tête, mal dans notre corps. Arrêtez de faire n'importe quoi."