Juge d’instruction liégeois en charge des matières économiques et financières depuis près de quinze ans, Philippe Richard (à droite sur la photo) est sur tous les fronts. On ne compte plus les dossiers qu’il a à sa charge - il en gère environ 200 annuellement - qui ont fait la "Une". Il faut dire que dans plusieurs de ses enquêtes, le juge Richard s’est attaqué "à du lourd". De l’affaire Tecteo toujours en cours d’instruction et qui vise notamment Stéphane Moreau (PS) au dossier Intradel qu’il a bouclé récemment après avoir entre autres inculpé Alain Mathot (PS), le juge dérange. Et bien qu’il clame son indépendance et se veut relativement discret, il est devenu la bête noire des responsables politiques visés par ses enquêtes, au premier rang desquels des socialistes. C'est une information relayée par nos confrères de La Libre Belgique.

Dossier retiré

C’est donc sans surprise que celui qui estime à l’instar de l’ancien procureur français Eric de Montgolfier qu’il a "le devoir de déplaire" fut récemment mis en cause. Ceci dit, la manière de faire ainsi que le timing choisi posent question. Ainsi, le 30 janvier 2013, c’est ni plus ni moins qu’un soupçon de prosélytisme religieux que la députée PS Julie Fernandez Fernandez a laissé planer au Parlement fédéral sur l’enquêteur en chef de l’affaire Tecteo instruite par Philippe Richard, à savoir le commissaire Marc Van de Wouwer. Ce dernier est en effet le président pour la Belgique francophone de l’association Jonas, émanation de l’église protestante évangélique. On lui a depuis lors retiré ce dossier politico-judiciaire très sensible qui fut par ailleurs transféré de la police judiciaire fédérale de Liège à l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC).

Tentative de déstabilisation ?

Plus récemment, c’est le député N-VA Ben Weyts qui interpellait dans la même enceinte au sujet de frais de justice particulièrement élevés à Liège. Et ce dernier, faisant référence à un rapport de la commission de modernisation de l’ordre judiciaire, d’épingler le fait qu’un tiers du budget alloué aux expertises judiciaires y est dépensé. Dans son viseur : les expertises comptables diligentées par le juge Richard. Selon la ministre de la Justice, une enquête administrative est d’ailleurs en cours à ce propos. Ce qui est également pointé, c’est que le juge liégeois ferait trop souvent appel au même bureau d’experts comptables, à savoir celui d’Olivier Deblinde. Ce que Ben Weyts semble toutefois omettre, c’est que Philippe Richard est le seul juge d’instruction à ne couvrir que des dossiers économico-financiers en Belgique francophone et qu’il fait appel pour ses expertises comptables à d’autres bureaux que celui précité. En outre, et cela est important à signaler, les expertises dont il est question ici ne représentent qu’un pourcentage réduit des frais de justice. De là à se demander s’il n’y a pas intention de nuire et tentative de déstabilisation, il y a un pas…