Un père fait le travail de la police

Faits divers

Gilbert Dupont

Publié le - Mis à jour le

Un père fait le travail de la police
© D.R.

Sa fille a été agressée en rue. Puisque la police s’en lavait les mains, il a recherché les auteurs. Et les a retrouvé tout seul !

ANDERLECHT Stéphane Résimont – dont la fille Roxanne, 16 ans, a été victime d’une agression il y a un mois – était sorti sans illusion du commissariat d’Anderlecht, persuadé que sa plainte ne servirait à rien et que personne ne rechercherait vraiment les auteurs. Il a donc décidé de “faire lui-même le travail”.

Alors, pendant quatre semaines, Stéphane Résimont, qui est chirurgien avec des horaires de forçat, a pris sur lui d’aller patrouiller après ses heures dans le quartier de l’agression.

“Je ne supportais pas l’idée de laisser les choses ainsi. Je voulais prouver aussi aux policiers que quand on veut, on peut.”

Il y a mis le temps, un mois. Mais mercredi soir, Stéphane Résimont a retrouvé les suspects et appelé la police qui les a interpellés. Roxanne en a reconnu deux. Sur les deux, un mineur d’âge a été présenté au juge de la jeunesse, qui l’a libéré.

Le 14 novembre, Roxanne, qui rentrait à pied de chez sa grand-mère qui habite à 500 mètres, a été attaquée par trois garçons. À leur vue, Roxanne avait compris : “J’ai immédiatement caché mon GSM dans mon soutien-gorge ”.

Elle avait vu juste. Roxanne, qui était seule, a été attaquée dans le dos; l’un d’eux lui a donné un sale coup dans les jambes. Roxanne a lâché son sac et la bande a pris la fuite avec ses cours d’école, son argent, ses papiers et l’alliance de son grand-père décédé en 2008 et qui était précieuse pour elle. À noter que, huit jours plus tôt, Roxanne avait été attaquée au métro Saint-Guidon.

Dès lors, depuis un mois, Stéphane patrouillait. En se fixant des limites. Pas question, s’il les trouvait, de les déshabiller et de les ligoter tout nus au milieu de la place de la Vaillance, encore que “cela me démangeait” , dit-il.

Stéphane partait avec les mêmes données que la police : les descriptions de sa fille. Lui a réussi. Parfois seul, parfois accompagné, “bien décidé à les retrouver […] J’avais la rage. Tous les parents me comprendront. Au commissariat, on m’avait dit qu’au cas improbable où on les retrouverait, ça servirait à quoi ? Arrêtés à 8 h, libres à 20 h ?…”

21 h 30 mercredi, il les a vus. “J’étais à peu près certain. J’ai appelé ma fille que j’ai cachée dans la voiture et j’ai refait le tour : c’étaient les bons. J’avais deux solutions : appeler les copains et régler ça entre nous ou appeler la police. Pour être franc, j’ai fait les deux, mais la police a été plus rapide…”

On sent la déception mais, poursuit le père de Roxanne, “j’ai quand même apprécié de les voir se faire arrêter, plaquer au mur, menotter dans le dos, fouiller jambes écartées et embarquer”.

Le Dr Résimont a une dent contre la petite délinquance. “Même une mâchoire” , dit-il !

En février 2004, Stéphane avait fait la une pour avoir protégé sa compagne chaussée de Gand. Seul contre douze, il s’en était sorti avec nez cassé, arcade ouverte, etc. Sa femme enceinte de 4 mois avait mis au monde un bébé qui n’a pas survécu.

Les auteurs n’ont jamais été arrêtés. Il n’y a jamais eu d’indemnisation. Et Roxanne avait tout vu. Elle avait 10 ans.

En juin, Roxanne encore avait été agressée au Quick-Louise : vol de son GSM filmé par les caméras. Aucune enquête de police, les vidéos du Quick n’étant même pas saisies. Excédé, son père porta plainte contre le service de police. Avec réponse du comité P répliquant qu’il était “incompétent” pour forcer la police à faire son travail.



© La Dernière Heure 2010

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