Un revenant à Bruxelles

Gilbert Dupont Publié le - Mis à jour le

Faits divers Harcelé dans l'enquête sur les tueries du Brabant, l'ex-directeur de prison se faisait oublier en Afrique depuis 1989


BRUXELLES Quand Bultot quitte la Belgique en 1989, en plein procès Bouhouche, selon son souvenir, les médias se déchaînent sur le départ précipité qui ressemble à une fuite, mais n'en porte pas le nom, du directeur adjoint de prison dont il est quasi constamment question depuis 1985 et la fin des tueries du Brabant wallon. Dix-huit ans après, Jean Bultot - 56 ans en mai prochain - est de retour en Belgique.

Bultot, l'homme des combats de femmes dans la gelée de groseilles. Le directeur de prison qui tire plus vite que son ombre; le Lucky Luke de la prison de Saint-Gilles; le roi du practical shooting , le coupable tout désigné : n'a-t-on pas trouvé, près de la dernière VW Golf des tueurs (ceux qui ont fait 16 morts en 1985 dans trois Delhaize), des indices "accablants" ? Jean Bultot est de retour à Bruxelles et ce retour est peut-être définitif. Nous le rencontrons, hier, avec sa compagne Marta, splendide Mozambicaine issue de la tribu Ronga qu'il épousera dès qu'il aura divorcé de son précédent mariage.

Il tire un trait sur le passé. Ce qui ne l'empêche pas de parler constamment du passé et donc des tueries. Si la cellule Brabant wallon le souhaite, dit-il, "j'accepte, comme Robert Beijer et Bouhouche, de me soumettre au détecteur de mensonges (polygraphe). Si l'intérêt est de préciser des faits des annéees 1980, O.K., j'accepte de répondre sous hypnose".

Mais il prévient : "Je suis étranger aux tueries du Brabant". Les seules confidences obtenues comme directeur adjoint de Saint-Gilles sont celles de Bruno V., dit le Gitan, qui lui a prétendu ainsi qu'à d'autres - dont un avocat - qu'"il avait participé à l'important vol d'armes du 30 septembre 1982 à Wavre, et a été tué par la suite, à Ostende, d'une balle dans la nuque". "Mais je ne reviens pas pour cela, poursuit Bultot, mais pour continuer ma vie. Les tueries ont gâché mon existence. J'ai été victime d'un lynchage médiatique. Les amalgames ont continué tandis que j'étais en Afrique. Du style : il connaissait Pierre-Paul De Rijcke qui connaissait Nihoul... et donc il appartient au réseau et il a tué Julie et Mélissa. Je ne laisserai plus rien passer."

Pendant ces 18 ans d'exil, il a vécu au Zimbabwe, au Botswana, au Swaziland et en Afrique du Sud avant de découvrir la douceur de vivre, dit-il, au Mozambique. Devenu... prof d'unif à 300 € par mois, un programme de l'Onu devait même l'engager pour moderniser les prisons de Maputo. Il est le seul Belge à avoir demandé l'asile politique à l'Afrique du Sud. Dans ce pays, Bultot s'est occupé de formation et des opérations spéciales des Springbok Patrols, épisodes sur lesquels il préfère glisser. Mais à nouveau les amalgames, dit-il, le rattrapent. On le dit lié à un trafic d'armes avec les Tutsi.

En 2003, Human Rights Watch l'accuse de trafic avec les Bulgares. Jamais en 18 ans il ne revient, même caché, en Belgique. Dans les années 1990, des photos le montrent complètement intégré, vêtu d'un seul pagne. On lui a tout volé, dit-il, même le manuscrit qu'un autre publiera sous sa signature. Bultot n'est pas rentré tout de suite en Belgique. D'abord Malaga où un copain se mariait. À Malaga, le mal du pays fut le plus fort. Bultot, Marta et leur petite fille de 9 ans sont rentrés par Roissy. Première étape : un bar d'aéroport pour y boire une Affligem...

Son retour, Bultot en parle comme d'un échec. Ces 18 ans d'exil furent "99 % de m... et 1 % de bonheur. Mais ce 1 % de bonheur valait largement les 99 % de reste".



© La Dernière Heure 2007
Gilbert Dupont

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