Depuis deux ans, la juge d'instruction mme Martine Michel, en charge à Charleroi du dossier des tueries du Brabant, souhaitait qu'il revienne en Belgique pour être entendu comme témoin dans le cadre du dossier. Jean Bultot avait donné son accord mais, disposant de peu de moyens, il souhaitait que les vols lui soient payés. La crise sanitaire retardait son retour. Selon son épouse mozambicaine, Jean Bultot a encore essayé la semaine passée d'organiser son retour en Belgique. Pour des raisons surtout pour des raisons médicales : il espérait se faire soigner. "Il souffrait terriblement d'arthrose", confie Martha Bultot. "Il crevait de douleur. C'était insupportable. Nous sommes allés à l'hôpital samedi. Jean est décédé ce dimanche matin".

Son nom intervient dans le dossier des tueries du Brabant après la trouvaille de plusieurs indices en grande partie brûlés dans les bois de Ronquieres, le matin de la tuerie d'Alost le 9 novembre 1985. Dans la suite de l'enquête, l'adjudant de gendarmerie Guy Goffinon allait émettre l'hypothèse que ces indices renvoyaient à Jean Bultot, alors directeur adjoint de la prison de Saint-Gilles. Bultot disparaissait de la circulation et , grâce à des liens dans l'extrême droite, s'établissait au Paraguay. Des enquêteurs belges se rendaient sur place. Peut être pas ceux qu'il fallait. La commission rogatoire aurait été mal menée. Pour certains, on aurait raté, à cette occasion, l'opportunité de faire la lumière. Dans plusieurs articles récents, parus dans la DH, Jean Bultot se confiait. En substance, il estimait avoir été piégé. Il mettait en cause deux membres de la Sûreté de l'État. L'un d'eux, qui avait accès à son bureau à la prison, y aurait subtilisé certains documents que l'on aurait retrouvé à Ronquieres. C'était sa dernière version, l'explication qu'il nous confiait il y a quelques mois. Il y trouvait des éléments de preuve dans un livre paru à compte d'auteur sous la plume d'un ancien de la Sûreté, Gérald Damseaux. Selon l'avocat Pierre Chômé, la juge Mme Michel voulait procéder à une nouvelle audition de Bultot pourtant déjà maintes fois entendu par les enquêteurs.

Jean Bultot était, d'autre part, un passionné d'armes à feu. Il avait créé son propre club de practical shooting, ce qui n'avait pas manqué non plus d'éveiller l'attention des enquêteurs. Bultot est connu aussi pour des ébats dans la confiture, filmés dans un certain club privé. Mais aucun juge n'a jamais estimé les charges suffisantes pour l'inculper. Condamné pour d'autres faits, Bultot n'a jamais été inculpé dans le dossier des tueries, où il s'estimait vicime d'un coup monté dont il cherchait à identifier les auteurs, ceux ci pouvant être liés aux tueurs pour autant que la théorie de l'adjudant-chef Goffinon soit exacte. Jean Bultot restait très attentif à ce qui paraissait sur le forum dédié aux tueries du Brabant, co-créé dans les années 2000 par Patricia Finné et Michel Leurquin et administré principalement par ce dernier. Il n'hésitait pas à y contribuer, régulièrement. Dans le dernier entretien que nous avons eu avec lui, Bultot voulait revenir à Bruxelles. Il acceptait que les enquêteurs prélèvent son ADN

Jean Bultot venait d'avoir 70 ans.