Une société secrète  de 700 membres
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Faits divers

Une société secrète de 700 membres

Gilbert Dupont

Publié le - Mis à jour le

Yggdrasil se réunissait dans le bois de Weide Heide, là où la police recherche un corps et des armes liés aux tueries du Brabant

Herman Wachtelaer, chez qui se déroulent les fouilles concernant les tueries du Brabant affirme que non, les policiers ne sont pas encore venus perquisitionner chez lui, là où nous le retrouvons hier matin. “Entrez, dit-il, c’est pour quoi ? Si c’est pour de l’argent ? Non ! Les tueries du Brabant ? Ah ! Et qu’est-ce qu’il y a de neuf là-dedans ?”

Wachtelaer apprend ainsi – ou fait mine (mais nous ne le pensons pas) – que les enquêteurs du juge de Charleroi Mme Martine Michel mènent des fouilles dans le bois de Wilde Heide à Haecht, où il a vécu 25 ans, à la recherche d’un corps ou d’armes en lien avec le dossier des tueries du Brabant (28 assassinats entre 1982 et 1985). “Qu’ils fassent comme bon leur semble, si ça leur dit, mais je vais leur faire gagner du temps et de l’argent : c’est inutile. Il n’y a rien à trouver. Ils devraient quand même le savoir. J’ai passé tellement d’heures à répondre aux questions en 1989. J’étais chauffeur de taxi. Un jour, ils sont arrivés, ils ont d’abord voulu me menotter. Des collègues taximen sont intervenus pour qu’ils retirent les menottes. Ils m’ont donc embarqué. J’ai passé des jours avec eux. Je leur faisais remarquer que c’était bien beau de répondre à leurs questions, mais moi, je devais aussi gagner ma croûte. Alors, on a fait un marché : on ne se verrait plus que le samedi matin, à l’Extension du palais de justice de Bruxelles, rue des Quatre-Bras.

“144 heures au total. Selon moi, 144 heures perdues pour moi et pour eux : je ne leur ai rien appris. Parce que je ne sais rien. Puis, je n’ai plus entendu parler de rien jusque dans les années 2000 : ils voulaient alors me montrer les nouveaux portraits-robots : je n’en ai reconnu aucun !”

Né en juillet 1934 à Hambourg d’une mère belge et d’un père allemand, Wachtelaer est incorporé, à l’âge de 6 ou 7 ans, dans les Hitlerjugend de Fulda. Son père est Untersturmführer, premier grade d’officier dans la SS. “Les Jeunesses hitlériennes, finalement, à cet âge-là, il y avait un côté scout.” Wachtelaer en a conservé le poignard, qu’il nous montre.

Ce n’est pas cette enfance, dit-il, qui l’a rendu nazi. “Je suis devenu national-socialiste en arrivant en 1953 en Belgique. Je le suis resté. Je suis nazi.”

Il raconte aussi avoir dû payer pour obtenir la nationalité belge.

Études d’ingénieur agronome à l’ULB, 7 ans comme agent territorial au Congo. Employé de banque à son retour en Belgique dans les années 1960. Wachtelaer devient ensuite chauffeur de taxi. Entre-temps trois fois marié. À 78 ans, il reste un incroyable coureur de jupons.

En 1989, les enquêteurs saisissent une liste des membres de cette société secrète Yggdrasil qu’il a créée et il s’établit à Haecht : 207 noms. Hier, Wachtelaer dit que ce n’était qu’une partie. Yggdrasil a compté 700 membres, dont beaucoup de femmes. Et est en lien avec d’autres sociétés ésotériques, Thule en Suisse, Orion en Irlande, Irmin en France, Artgemeinschaft en Allemagne. Wachtelaer organise des déplacements en Angleterre à Stonehenge et à Externsteine, dans le Teutoburgerwald. “C’est tout, dit-il , rien à voir avec les tueries. […] Je ne sais même pas tirer à la carabine” .



© La Dernière Heure 2012

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