Après une première plainte en décembre, Déborah et son avocat ont déposé la semaine dernière une nouvelle plainte avec constitution de partie civile pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique ayant entrainé une mutilation permanente". Ils attendent la désignation d'un juge d'instruction et de nouveaux actes d'enquête.

Le 10 décembre en fin d'après-midi, cette jeune femme de 23 ans, enceinte de quatre mois et demi, se trouve dans un centre commercial à Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise) accompagnée de sa cousine de 22 ans.

Des policiers en patrouille demandent aux deux femmes de mettre le masque.

"On a dit oui tout de suite", assure Déborah, expliquant que la policière décide malgré tout de les verbaliser.

Au moment de quitter les lieux, "nous étions en conversation avec ma cousine. Elle (la policière) est revenue vers nous en courant et en attrapant le poignet de ma cousine" afin de l'interpeller pour "outrage", affirme Déborah.

Ensuite, elle "m'a attrapée par le bras, m'a poussée contre le mur trois fois violemment", poursuit la jeune femme, qui dit avoir alors répété qu'elle était enceinte.

Déborah accuse également la policière de l'avoir "secouée" pour lui demander de s'excuser.

A l'issue de leur garde à vue, les deux femmes ont écopé d'une convocation devant la justice en juillet pour outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique, selon une source proche de l'enquête.

"Dans la nuit, j'ai commencé à ressentir des douleurs" qui se révèleront être des contractions, retrace la jeune femme, émue.

Après plusieurs consultations médicales, et une incapacité temporaire de travail (ITT) de huit jours, elle est hospitalisée en urgence deux jours après les faits et accouche le 21 décembre d'une petite fille, mort-née.

"Je sens une injustice, j'ai perdu ma fille", murmure-t-elle d'une voix à peine audible.

"Une enquête est confiée à l'IGPN pour déterminer précisément les circonstances de l'interpellation dénoncées par la jeune femme", avait précisé à l'AFP début janvier le parquet de Pontoise.

De nouveau contacté lundi, le parquet a indiqué que "l'enquête préliminaire se poursuit" et s'est refusé à tout autre commentaire.

"Tout ça nous amène à considérer qu'il existe un lien de causalité entre l'intervention policière et la perte de l'enfant de Déborah", a déclaré son conseil Me Vincent Brengarth.

"A ma connaissance, c'est la première fois que nous sommes confrontés à un cas de violence policière susceptible d'avoir entrainé la mort d'un enfant", a-t-il estimé.