Les avocats des prévenus du procès de la cellule terroriste voient leurs clients comme de simples exécutants.

"Dans cette affaire, les véritables dirigeants sont morts. Nous assistons à un procès croupion" , a lancé hier M e Sébastien Courtoy, l’un des avocats de Marouan El Bali, le survivant de l’attaque des forces spéciales sur la planque de Verviers, le 15 janvier 2015. Au terme d’une plaidoirie envolée et piquante, dont il a le secret, le pénaliste a dressé un portrait de son client comme un simple sous-fifre sans envergure.

Mes Courtoy et De Quévy ont demandé l’acquittement total de Marouan El Bali, contre qui le parquet fédéral a requis 15 ans de prison. Selon eux, leur client n’était pas au courant du projet terroriste.

Au moment des prises de contact, les 2 et 3 janvier 2015, nous vivions alors dans le monde d’avant. Charlie Hebdo, le Bataclan et les attaques de Bruxelles n’avaient pas eu lieu. On connaissait les projets de l’État islamique mais pas d’une manière si directe.

La version que les avocats déroulent est la suivante : El Bali est recruté par la cellule car il est un ami d’enfance de Soufiane Amghar, le terroriste tué à Verviers. Et le seul à pouvoir le reconnaître. Alors, c’est lui qui vient chercher Amghar et Ben Larbi à Lille et Aix-la-Chapelle, à leur retour de Syrie. Cet agent de sécurité au casier judiciaire vierge, surnommé Gros, est sollicité pour trouver des armes et de l’équipement, mais ne les fournit pas. "Un bras cassé" selon Me Courtoy.

La défense a méthodiquement déconstruit l’image d’un El Bali en potentiel tueur de flics et dirigeant d’organisation. Une écoute téléphonique va d’ailleurs largement dans son sens : il s’agit de Mohamed Arshad qui parle au chef de la cellule, Abdelhamid Abaaoud : "Gros, je le plains, il n’a pas accepté la mission."

Les membres de la cellule voulaient qu’il remplace Arshad, considéré comme "grillé", sous surveillance policière étroite.

Ce même Arshad a vu son avocat, Me Anthony Rizzo, se démener. Une tâche démesurée, tant les charges sont énormes. "Il a fait des aveux complets, sans pression. Il assume plus que sa part de responsabilité."

Arrogant tout au long de l’audience, alignant les mensonges, Arshad paraît perdu pour la cause. Pour autant, son avocat s’est élevé contre la peine requise par le parquet fédéral. "On vous demande 18 ans de prison et je ressens un certain malaise. J’ai le sentiment que le procureur fédéral voulait plutôt juger M. Abaaoud et le terrorisme en général. M. Arshad a commis des actes graves mais on ne peut pas faire peser sur lui ce qui s’est passé au Bataclan ou à Bruxelles il y a deux mois. Il fut un homme de main sans impact sur l’orientation des méfaits."

Le jeune pénaliste achève en regrettant le manque d’épaisseur psychologique du dossier. "Elle est parfaite, cette enquête. On a tout. Mais il n’y a pas d’analyse sociologique et psychologique. Par manque de temps et de moyens, on ne s’est pas intéressé à ces gars-là. Lui et moi, on vient du même voisinage, on a le même âge, on s’est sûrement fréquentés sur les mêmes terrains de sport, on a été élevés par notre mère. On a grandi de la même façon. Et lui, il est parti", souffle Me Rizzo.

Le procès s’achève cette semaine pour un jugement probablement prononcé à la rentrée.