La plupart des inculpés n'étaient pas présents à l'audience, mais représentés par leurs avocats. La chambre du conseil a entendu toutes les demandes, d'une part de l'accusation, d'autre part de la défense, et rendra son ordonnance le 24 février prochain. "Mon client est poursuivi pour participation aux activités d'un groupe terroriste et conteste les faits avec vigueur et fermeté", a notamment déclaré Me Cédric Lefèbvre, conseil de Z.J. "Il n'a jamais apporté une quelconque aide à ce qui s'est passé. Il est poursuivi parce qu'il a eu des contacts avec des amis d'enfance [inculpés dans le dossier des attentats à Paris] à l'époque des faits. Mais il n'a jamais été radicalisé. J'ai sollicité le non-lieu et j'espère que la chambre du conseil suivra, pour mettre un terme définitif à ce dossier qui a déjà fait beaucoup de tort à mon client et à sa famille", a réagi l'avocat, mardi en fin de matinée, à l'issue de l'audience en chambre du conseil.

Me Michel Bouchat, conseil de Youssef El Ajmi, a également fait une demande de non-lieu, estimant qu'aucun élément ne permet de penser que son client a eu connaissance des projets terroristes de ses amis d'enfance, les frères El Bakraoui. Youssef El Ajmi était également inculpé dans le dossier des attentats à Bruxelles mais il a bénéficié d'un non-lieu. "Quand on pose un acte licite en soi, comme conduire quelqu'un à l'aéroport, la question est de savoir si vous avez connaissance des intentions de celui que vous accompagnez. C'est ce qu'on appelle l'élément moral, nécessaire pour établir qu'une infraction a été commise. L'existence de cet élément moral, c'est ce que nous contestons", a commenté Me Bouchat.

Me Sébastien Courtoy, conseil de Smaïl Farisi, estime quant à lui que les faits reprochés à son client sont exactement les mêmes que ceux pour lesquels il est déjà inculpé dans le dossier des attentats à Bruxelles. Il n'a pas demandé un non-lieu mais a affirmé qu'il plaidera l'acquittement de son client devant le juge du fond, seul habilité à le blanchir totalement. Comme Me Bouchat, il considère que l'élément moral, soit l'intention d'aider à la commission d'actes terroristes, est absent concernant son client. "Oui, il a prêté son appartement aux El Bakraoui, mais il n'y a absolument rien qui démontre qu'il l'a fait en quelque connaissance de cause que ce soit. Et c'est tellement vrai que les Français n'ont pas demandé son extradition. Ici, vous êtes en division 3. Ce sont vraiment les fonds de tiroir de cette affaire, avec untel qui a vu untel qui est allé chercher un croissant au Delhaize. Oui, c'est de ce niveau-là", a commenté Me Courtoy. "Nous ne demandons pas un non-lieu. Nous espérons plutôt un acquittement en pleine lumière".


Me Édouard Huysmans, lui, considère qu'il ne peut pas répondre adéquatement aux accusations contre son client, Ibrahim Abrini, frère de Mohamed Abrini. Il a confirmé qu'il déposera des conclusions dans le sens d'une irrecevabilité des poursuites. "Le parquet s'est contenté d'énumérer certains faits en estimant que c'était suffisant pour renvoyer Monsieur Abrini devant le tribunal correctionnel. A ce stade-ci, je n'ai pas d'éléments pour savoir ce qui est mis à sa charge. Ça n'est pas suffisamment clair. Je ne peux pas le préparer à sa propre défense, même si j'ai parcouru attentivement les 200 cartons de procédure", a commenté le pénaliste. "Je pense que le nom de mon client pèse beaucoup dans ce dossier. La famille Abrini a été fort visée par l'intégralité de l'enquête. Son nom pèse, outre le fait qu'il y a très certainement un conflit entre la potentielle commission d'infraction et l'attachement qu'on peut avoir vis-à-vis de sa famille", a-t-il ajouté.


Me Didier de Quévy, qui représente quant à lui un homme inculpé pour avoir fourni des armes qui ont servi aux attentats à Paris, a indiqué ne pas s'être opposé à la demande du parquet de juger son client dans le cadre d'un autre dossier, relatif à un trafic d'armes, qui est encore à l'instruction. "Mon client est poursuivi pour avoir fourgué des armes dont l'une ou l'autre ont servi aux attentats à Paris. Le parquet demande un dessaisissement parce qu'il y a déjà un dossier de port d'armes et de trafic d'armes entre les mains d'un juge d'instruction. Donc, nous sommes dans l'expectative quant à savoir vers où cela va aller. Mon client dit avoir acheté ces armes dans un café", a expliqué Me Didier de Quévy.

Vingt personnes sont inculpées dans ce dossier appelé "Paris bis", dont douze pour lesquelles le parquet fédéral souhaite un renvoi en correctionnelle pour participation aux activités d'un groupe terroriste. Il demande que deux autres y soient renvoyés pour répondre d'infractions relatives à des armes et à des faux en écriture. Et pour les six derniers inculpés, il requiert, pour l'un une disjonction des poursuites en vue de les joindre à un autre dossier, et pour les autres un non-lieu.

Les inculpés sont suspectés d'avoir, par un acte quelconque, même minime, participé aux attentats commis sur le sol français en novembre 2015. Ces actes sont notamment avoir véhiculé vers l'aéroport un terroriste en partance vers la Syrie pour rejoindre l'État Islamique (EI), ou avoir caché, après les attentats, l'un des auteurs présumés, ou encore avoir fourni ou fabriqué des faux documents d'identité pour ces individus.

Cette enquête a été menée par le parquet fédéral belge, et est périphérique au dossier principal des attentats à Paris, instruit en France.

Le 13 novembre 2015, trois commandos de neuf hommes lourdement armés ont commis des attentats à divers endroits à Paris, qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés. Une enquête judiciaire d'envergure a été ouverte en France, mais aussi en Belgique car il est apparu très rapidement que les auteurs des attaques étaient partis de Bruxelles.