Il était en contact étroit avec la cousine de ce dernier, Hasna Ait Boulahcen. Celle-ci avait contacté Courkzine pour qu'il l'aide à exfiltrer son cousin, caché dans un buisson à Aubervilliers après les attentats. "Il était en contact sur Facebook avec elle depuis mars 2015. Elle avait vraiment besoin de lui et lui faisait totalement confiance", a déclaré la procureure au sujet de la relation entre Courkzine et Hasna Ait Boulahcen. Lorsqu'elle lui a parlé d'Abaaoud, il aurait pu dire à la police qu'il savait qui cachait le terroriste, a relevé la magistrate. En cela, il a commis un acte de participation aux activités d'un groupe terroriste, a-t-elle estimé.

Par ailleurs, l'analyse de ses appareils multimédias montre qu'il avait une "note sur la fabrication des explosifs" et qu'il avait un "intérêt marqué pour les thématiques djihadistes depuis longtemps", a dit la procureure. "Il est véritablement fasciné par le djihad. Il est endoctriné depuis 2010 au moins".

Ce qui inquiète le parquet fédéral, c'est que Courkzine ne semble pas s'être amendé. "Depuis le 4 mars 2022, il est sous mandat d'arrêt pour participation aux activités d'un groupe terroriste dans un dossier marocain. Le suspect arrêté était en contact avec Abdoullah Courkzine", a expliqué la procureure. "On a retrouvé chez lui un bordereau relatif à un transfert d'argent à ce suspect au Maroc. Il est aussi encore membre de groupes de discussion djihadiste et est à nouveau en possession de formules chimiques [qui correspondent à la fabrication d'explosifs]".

Deux ans de prison requis à l'encontre de Youssef El Ajmi

"Youssef El Ajmi a apporté des encouragements à Ibrahim El Bakraoui par sa présence fidèle à l'appartement de l'avenue des Casernes à Etterbeek", a soutenu la procureure fédérale, lundi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, au procès "Paris bis". Elle a requis une peine de deux ans de prison à l'encontre d'El Ajmi, sans s'opposer à un sursis probatoire, pour avoir apporté une aide essentielle à la cellule terroriste responsable des attentats du 13 novembre 2015. "Il était un des seuls à savoir où était Ibrahim El Bakraoui, qui avait organisé sa clandestinité. El Bakraoui n'avait pas repris de numéro de téléphone à son retour de Syrie en août 2015 et il s'était caché", a affirmé la procureure.

Celle-ci a rappelé que Youssef El Ajmi était un ami proche d'Ibrahim El Bakraoui, et qu'il était aussi très proche d'Ali El Haddad Asufi, actuellement accusé devant la cour d'assises de Paris pour son rôle dans les attentats. "El Haddad Asufi est le 'top contact' de Youssef El Ajmi. Ils sont comme les deux doigts de la main", a déclaré la procureure. Les deux hommes ont véhiculé Ibrahim El Bakraoui lors de ses deux voyages en Syrie, via la Turquie en juin 2015 et via la Grèce en juillet 2015.

À son retour en août, El Bakraoui a séjourné à Verviers puis est revenu à Bruxelles en octobre et s'est caché dans l'appartement de l'avenue des Casernes à Etterbeek, qui servait de planque à la cellule terroriste. "Les images de caméras de vidéo-surveillance montrent que Youssef El Ajmi est allé à quatre reprises à l'adresse, durant la période préparatoire des attentats à Paris. Il fait clairement partie du cercle de ceux en qui Ibrahim El Bakraoui a pu avoir confiance", a considéré la procureure.

Un an de prison avec sursis requis pour faux dans le dossier "Paris bis"

La procureure fédérale a en outre requis, lundi après-midi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, une peine d'un an de prison avec sursis à l'encontre de l'épouse de Farid Kharkach, prévenue pour faux dans le dossier "Paris bis". Farid Kharkach est actuellement jugé à Paris dans le dossier des attentats du 13 novembre 2015, pour avoir fourni des faux papiers d'identité à certains auteurs des attaques. "Madame est tout à fait en aveux sur le faux, je crois qu'il n'y a pas de contestation", a considéré la procureure. La prévenue n'a en effet pas contesté avoir remplacé son mari, dans un trafic de faux papiers, à une ou deux reprises en septembre 2015, alors que ce dernier se trouvait au Maroc. La procureure a estimé les faits graves étant donné que plusieurs fausses cartes d'identité ont servi aux terroristes pour louer des appartements qui leur serviront de planques et pour circuler facilement en Europe.

Un mois avant les attentats du 13 novembre 2015, un réseau de faussaires a été démantelé lors d'une perquisition d'un logement à Saint-Gilles. "C'est un véritable atelier de fabrication de faux papiers qui a été découvert à l'adresse, sous les combles", a détaillé la procureure. L'enquête a permis de constater qu'au moins 366 fausses cartes avaient été confectionnées. Parmi les fausses cartes retrouvées, quatorze étaient munies de photos de certains auteurs ou co-auteurs présumés des attentats, notamment Najim Laachraoui, Mohamed Belkaïd, Salah Abdeslam, Ahmed Dahmani... Les pistes ont mené à Farid Kharkach. Il a été interpellé en janvier 2017.

Selon l'enquête, la femme de ce dernier l'a remplacé pour ce trafic, entre le 1er septembre et le 17 octobre 2015, alors qu'il était au Maroc. Durant cette période, Khalid El Bakraoui s'est déplacé deux fois au domicile de la prévenue.