S’ils ne sont fort heureusement pas majoritaires, les plus jeunes voleurs représentent néanmoins un phénomène des plus inquiétants. Léon Wegnez connaît très bien la problématique pour y avoir consacré un large chapitre dans un de ses ouvrages. "Il y a naturellement différentes formes de délinquance des jeunes dans les zones urbaines, mais elles résultent presque toujours de l’une ou de plusieurs des quatre raisons suivantes : le besoin de dominer, l’envie de s’approprier le bien d’autrui, la frustration née du sentiment d’être considéré différemment en fonction de sa situation personnelle ou de son statut, et le désœuvrement qui résulte de l’exclusion du milieu familial, éducatif ou professionnel."

Tous ne présentent donc pas le même profil. "En fait, on peut classer ces jeunes délinquants dans quatre catégories : ce sont, soit des jeunes adolescents ayant des difficultés à s’identifier à une image parentale positive, soit des jeunes de tous milieux figés temporairement dans une attitude de rejet de l’ordre social, soit de jeunes immigrés se sentant incompris dans leur différence culturelle ou religieuse, soit enfin des bandes de mineurs d’âge organisés en associations de malfaiteurs très structurées."

Fait nouveau dans cette délinquance juvénile, les très jeunes enfants commettant des vols sous la pression de leurs aînés. "On remarque que certains enfants de 5 ou 6 ans sont forcés de voler pour le compte de jeunes adolescents de 12 à 13 ans à peine. S’ils ne réussissent pas leur mission, ils sont frappés. C’est très interpellant."

Pour certains, c’est donc une forme d’expression, d’affirmation par rapport au ressenti d’un rejet. "L’adolescence s’inscrit dans un processus, qui est parfois très difficile, de prise de conscience de soi-même et de réalisation de soi, qui ne peut se réaliser de façon harmonieuse que si l’adolescent réussit son intégration dans la collectivité dans laquelle il vit. Pour y parvenir, il doit notamment concrétiser son épanouissement personnel et professionnel; mais aussi développer en lui-même un sentiment de stabilité et d’équilibre qui lui fait accepter son cadre de vie et de travail. Ce n’est pas toujours facile, car pour réussir son intégration dans la société, l’adolescent doit franchir des obstacles psychologiques, économiques et sociaux. Et c’est pourquoi certains adolescents connaissent dans cette période de leur vie des moments de flottement, de doute, d’incertitude, qui les conduisent parfois à la violence ou à la délinquance."