La journaliste Caroline Pigozzi raconte la vie quotidienne de Jean-PaulII

BRUXELLES Connaissez-vous le nom du cardinal Sodano? Il est le Premier ministre de l'Etat qu'est le Vatican. Mais cet Etat est, tout entier, symbolisé par celui qui en est son chef et qui reste un des hommes les plus médiatisés de la planète: le pape.

Il en est du pape comme il en est de nos rois. Le public se pose des tas de questions sur sa vie quotidienne, ses horaires de travail, ses relations avec les autres... Quand le pape se lève-t-il? Mange-t-il à l'italienne ou le plus souvent à la polonaise ? Qui admet-il à sa table? Comment se déroulent les audiences? Comment le pape prépare-t-il ses discours? Est-il souverain absolu ou le porte-parole d'un gouvernement? Autant de questions auxquelles une journaliste de Paris Match, Caroline Pigozzi, répond dans son livre Le Pape en privé.

Où l'on apprend que Jean-Paul II se lève tous les jours à 5 heures 30. Qu'à 6 heures 30, il prie dans la chapelle du Vatican où, selon les coutumes polonaises, il s'étend de tout son long au pied de la croix. Qu'il célèbre, chaque matin, une messe pour une quinzaine d'invités privilégiés (notre roi Baudouin a été de ceux-ci). Qu'il ne perçoit aucun salaire contrairement à ses cardinaux. Qu'il possède une vingtaine de soutanes. Et que pour éviter de les tacher, il lui est interdit de consommer spaghetti ou salades.

Caroline Pigozzi a vu ou rencontré Jean-Paul II à cent onze reprises. Ce qui est un exploit surtout pour une femme quand on sait les barrières que tentent de dresser le service de presse du Vatican: "Le pape dispose d'un triple entourage: les cardinaux italiens du Vatican, ceux qu'on appelle les Polonais, qui étaient ses amis et qu'il a appelés à Rome, et, depuis l'attentat, une sécurité très rapprochée. Pour passer à travers les mailles du filet, je me suis imposée certaines règles. Par exemple, au Vatican, je suis toujours venue vêtue d'une mantille noire, habillée presqu'en bonne soeur."

Vous décrivez la vie au Vatican comme un univers de jalousie...
"En tout cas, c'est un monde silencieux. Ce qui m'a surtout frappée lorsque j'y ai eu accès pour la première fois, c'était ce silence incroyable. Au Vatican, les gens ne s'expriment pas. Ou alors, ils pratiquent la messe basse. A l'inverse, le pape, lui, est un homme de communication extraordinaire. Son image, c'est lui qui se l'est faite. Il fonctionne à l'instinct. Il est toujours inattendu. Peut-être parce qu'il conjugue les qualités d'un grand politique et d'un grand mystique."

Vous parlez de micros cachés.
"On se méfie des murs comme on se méfie des téléphones. Comme on se méfie déjà des téléphones portables dans la perspective du prochain conclave. Imaginez qu'un des cardinaux puisse en cacher un. Au Vatican, rien n'est impossible. C'est un univers où tout est multiplié. Les brillants y sont plus brillants qu'ailleurs. Les méchants y sont plus méchants. Et lorsqu'on parle plusieurs langues, c'est beaucoup plus qu'ailleurs. Rien n'y est jamais banal."

Vous êtes entrée dans les appartements privés du pape?
"Absolument! Au troisième étage. Juste au-dessus de ses bureaux."

On peut les apercevoir depuis la place Saint-Pierre?
"L'appartement du pape est celui du troisième étage qui s'éclaire chaque matin à 5 heures 30. On me l'avait dit. Mais j'ai voulu le vérifier. Et j'y suis allée un matin très tôt. J'étais seule dans cet espace immense, avec seulement un type payé par le ville de Rome pour nettoyer la place. A 5 heures 30 précises, la fenêtre s'est allumée. Je crois que j'aurais été désespérée dans le cas contraire. Cela aurait été la preuve qu'on m'avait menti. Cela m'aurait été insupportable. C'est cette lumière qui s'est éclairée qui m'a permis de garder l'enthousiasme."

Caroline Pigozzi,
Le Pape en privé, NiL éditions.