"C'est une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre et inspiré beaucoup de commentaires". Plus de trois ans après la tempête politique qui avait secoué le pouvoir d'Emmanuel Macron, le procureur se lève en milieu d'après-midi.

Dans un dossier "déjà jugé par le tribunal de l'opinion" où "les prévenus sont coupables", "marqués au fer rouge des réseaux sociaux et de la médiatisation", le magistrat en appelle à la "souveraineté du tribunal", en entamant un réquisitoire de près de quatre heures.

Alexandre Benalla est un "Janus", décrit-t-il. D'un côté, "ce professionnel reconnu et compétent", de l'autre, "un jeune de 26 ans à l'ascension fulgurante", "sans filtre, qui sera rattrapé par son tempérament". Un "Icare" qui s'est "brûlé les ailes" en "repoussant les limites de ce qui est autorisé".

Et le 1er mai 2018 était "un peu la chronique d'une sortie de route annoncée" pour celui qui était alors adjoint au directeur de cabinet de l'Elysée et pour l'employé d'En Marche! Vincent Crase, qui l'a accompagné au pied levé pour assister au défilé, estime Yves Badorc.

Ce jour-là, ils ont "agi avec des policiers, comme des policiers et parfois à la place des policiers", alors qu'ils n'étaient que des observateurs, souligne la magistrat.

"C'est l'Etat, la puissance publique, dont l'émanation est la police, qui détient l'usage de la force", insiste-t-il, ils ont donc commis des "violences illégitimes" qui "ne peuvent s'effacer comme par magie derrière l'article 73".

Tout au long du procès, les deux prévenus ont justifié leur comportement par cet article du code de procédure pénale, qui permet, dans certaines conditions, à un citoyen d'appréhender l'auteur d'un délit flagrant.

 "Perturbateurs" 

"Ces dispositions n'ont pas vocation à permettre à tout citoyen de se substituer aux forces de l'ordre", évacue le magistrat, soulignant que ce jour-là, leur intervention n'était pas "nécessaire".

Le ministère public demande la condamnation d'Alexandre Benalla et de Vincent Crase pour avoir usurpé la fonction de policier et pour des violences en réunion sur un couple place de la Contrescarpe - dont les images, relayées par Le Monde en juillet 2018, sont à l'origine du "Benallagate".

Un couple qui "étaient plus près de figurer sur une photo de Robert Doisneau que d'être des Black Blocs", estime le procureur.

Selon l'accusation, les deux acolytes doivent aussi être condamnés pour avoir brutalement appréhendé un manifestant et en avoir violenté un autre au Jardin des plantes - le parquet demandant cependant une relaxe pour Vincent Crase, faute d'éléments suffisants, concernant une cinquième manifestante.

L'ancien gendarme réserviste doit en revanche être sanctionné pour avoir porté une arme ce jour-là, poursuit le parquet, qui demande un an de prison avec sursis à son encontre.

Coupable, Alexandre Benalla l'est aussi pour avoir porté une arme sans autorisation en avril 2017 à Poitiers après un meeting de campagne du candidat Macron, soutiennent les magistrats du parquet.

Sa condamnation est aussi requise pour avoir utilisé, après son licenciement, deux passeports diplomatiques lors de onze voyages, en Afrique, au Maroc ou aux Bahamas et avoir réalisé un faux document afin d'obtenir un passeport de service.

Au final, c'est une "condamnation en forme de reçu, en solde de tout compte. Pour que l'affaire Benalla (...) s'efface devant un jugement", conclut M. Badorc.

Il demande à ce que la peine de l'ancien chargé de mission soit assortie de 500 euros d'amende, de cinq ans d'interdiction de toute fonction publique et dix ans d'interdiction de port d'arme - quinze ans pour Vincent Crase.

Enfin, deux et quatre mois avec sursis sont requis à l'encontre des deux derniers prévenus, les fonctionnaires de la Préfecture de police Maxence Creusat et Laurent Simonin, pour avoir transmis, le soir de la publication de l'article du Monde, des images de vidéosurveillance au collaborateur de l'Elysée.

Les plaidoiries de la défense doivent débuter vendredi.