Une bombe US tombe par erreur sur un village... côté anti-taliban

Une bombe US tombe par erreur sur un village... côté anti-taliban
©EPA

Dix civils auraient été tués. Les bombardements sur Kaboul se poursuivent sans relâche. Eclaircissement complet sur le noeud afghan

JABAL SERAJ Une bombe américaine aurait tué dix civils samedi en tombant par erreur sur un village d’une zone controlée par les forces anti-talibans, a-t-on déclaré de source médicale. Un chauffeur d’ambulance, qui s’est rendu dans le village situé à trois kimomètres des lignes de front des talibans au nord de Kaboul, a précisé que les habitants auraient été tués sur le coup.

Les faits en détails

Un journaliste de la chaîne de télévision britannique Sky News a affirmé samedi qu’un chasseur-bombardier américain avait tiré par erreur un missile en territoire contrôlé par l’opposition afghane et que ce dernier a peut-être bien tué une famille de dix personnes et fait plusieurs blessés.

Geoff Meade a précisé qu’il se trouvait à Bagram au nord de Kaboul lorsqu’il a vu un F-18 Hornet tirer un missile partant dans la mauvaise direction. Peu après, la radio de l’Alliance du Nord a signalé qu’une bombe était tombée sur le village de Ghanikhil, à trois kilomètres à l’intérieur du territoire contrôlé par l’opposition.
Il s’y est alors rendu et a vu une maison en ruine. Une partie des 500 villageois lui a alors dit qu’une famille de dix personnes était portée disparue depuis le bombardement. Ce dernier aurait également blessé 19 civils et un soldat de l’Alliance du Nord.
Geoff Meade dit avoir personnellement vu `cinq blessés légers´.

Les images de son reportage ont montré une fillette le visage ensanglanté allongée près des décombres, ses grands-parents, souffrant de contusions, s’occupant d’elle. Selon le journaliste, les parents de la fillette sont portés disparus. Il a également montré un enfant de sept ans, souffrant de coupures aux pieds et aux mains, réconforté par un jeune homme, alors qu’une femme de 22 ans blessée à l’abdomen était évacuée sur une brouette.
Des villageois ont dit au journaliste que quinze personnes plus grièvement blessées avaient été transférées vers un poste de premier secours distant de 6,5km et que dix civils étaient portés disparus


Les bombardements continuent inlassablement. Sans grands résultats apparents

Les Américains intensifient leurs bombardements. Kaboul a subi un raid de 11 heures!

KABOUL Les bombardements de l'Afghanistan ont redoublé d'intensité à travers tout le pays samedi après que la capitale, Kaboul, eut connu sa pire nuit en près de trois semaines de campagne américaine pour chasser les milices islamistes qui continuent de résister.

Les raids sur Kaboul ont duré onze heures, au cours desquels une vingtaine de bombes sont tombées sur la ville en ruines dans les raids les plus violents qu'ait connu la ville depuis le 7 octobre.

Les taliban parlent d'une dizaines de morts dans les rangs civils.

Ailleurs dans le pays, les avions américains ont bombardé les villes de Kandahar, Jalalabad, Herat et différents fronts dans le nord, dont un visé pour la première fois.

Mais les talibans ont affirmé avoir repoussé un assaut terrestre de l'opposition appuyé par un pilonnage aérien américain dans la région de Mazar-i-Sharif.

La campagne aérienne contre les talibans et leur protégé Oussama ben Laden a redoublé d'intensité après l'arrestation et l'exécution vendredi d'un héros de la résistance anti-soviétique des années 1980, Abdul Haq, qui tentait de soulever une partie de l'ethnie majoritaire, les Pachtounes, contre le régime islamiste.

Les taliban ont jusqu'à présent résisté aux frappes aériennes et les lignes de front n'ont pas bougé au nord de Kaboul et au sud de Mazar-i-Sharif, une position clé à 300 km au nord-ouest de la capitale où ils font face aux forces de l'Alliance du nord.

Dix bombes ont touché des redoutes talibanes juste au sud du front et près de la base aérienne de Bagram. Trois autres bombes sont tombées un peu plus loin dans la même région. `Elles ont touché des tanks, des soldats et la défense anti-aérienne des taliban´, a dit le général Babai Djan, qui commande les forces de l'opposition sur ce front.

L'opposition a lancé pendant ce temps une offensive dans la nuit de vendredi à samedi contre les positions des taliban au sud de Mazar-i-Sharif, mais sans ébranler leurs adversaires.

Abdul Hanan Hemat, le directeur de l'agence de presse officielle des taliban, Bakhtar, a précisé que les raids avaient visé le front dans la vallée de Dara-e-Souf, dans la province de Samangan, à 70 km au sud de Mazar-i-Sharif. `Le moral de nos forces est excellent parce qu'elles se battent pour Dieu´, a-t-il dit. L'agence Afghan Islamic Press a rapporté pour sa part qu'au moins six raids avaient eu lieu depuis vendredi soir sur l'aéroport de Herat, faisant un mort et cinq blessés.

Deux autres personnes ont été blessées à Taloqan, capitale de la province de Takhar, dans le nord-est du pays, bombardée pour la première fois, selon la même source.

Tous contre les Etats-Unis

L'ancien Premier ministre afghan, Gulbuddin Hekmatyar a entrepris des contacts avec les taliban et leurs opposants de l'Alliance du Nord pour former un front uni contre l'offensive US

TEHERAN Etrange initiative que celle de Mr. Hekmatyar, ancien Premier ministre afghan renversé par les taliban au milieu des années nonante. Celui-ci, exilé en Iran, affirme avoir multiplié les contacts avec ces anciens ennemis, les taliban, et les ennemis de ces anciens ennemis dont les plus forts, l'Alliance du Nord. Objectif de ces démarches: réunir tous les afghans contre les attaques américaines. Illusoires? L'ex-Premier ministre ne semble en tout cas pas avoir de ressentiments aussi bien vis-à-vis des taliban, qui l'ont quand même éjecter de Kaboul, que de l'Alliance du Nord auquel il reproche l'alliance avec les Etats-Unis.

Hekmatyar, chef du parti Hezb-e-Islami, a précisé qu'il ne voulait pas une union en vue de former un éventuel gouvernement national mais qu'il souhaitait une union contre les attaques américaines. Finalement, on retrouve un bon vieux réflexes humains qui veut que les ennemis d'hier oublient leurs différends lorsqu'un troisième ennemi survient. L'ancien Premier-ministre et ses rêves de grande alliance n'aura peut-être pas été très entendu, le représentant de son parti au Pakistan, Qazi Amin Wiqad ayant déjà rejeté l'option d'un rapprochement avec les taliban. Il a de plus précisé que l'ancien parti afghan au pouvoir subissait de profondes divisions.

Mieux comprendre la crise afghane




Depuis le 11 septembre, les regards du monde entier se tournent vers l'Afghanistan, un pays en guerre depuis plus de vingt et dont, jusqu'ici, `tout le monde se moquait éperdument´, pour reprendre l'expression utilisée par Christophe de Ponfilly, le journaliste-réalisateur français auteur du long métrage consacré au commandant Massoud: Massoud l'Afghan.

Sans prétendre répondre à toutes les interrogations qui se posent sur ce conflit, le lexique non exhaustif qui suit se propose d'éclairer quelques termes souvent utilisés depuis près de six semaines.

Afghans

L'Islam peut être regardé comme le seul lien réel qui unit les multiples composantes de l'Afghanistan. Cet Etat, conglomérat de tribus issues d'une dizaine d'ethnies rivales dont la principale, les Pactounes, représente approximativement 40% de la population afghane. Les Pachtounes comptent des millions de cousins au Pakistan. D'autres composantes, comme les Ouzbeks ou les Tadjiks peuvent aussi compter sur le soutien des leurs plus au nord dans les anciennes républiques soviétiques de l'Asie centrale. L'autre grand groupe ethnique sont les Hazaras. Des musulmans chiites dans une nation essentiellement sunite. Ces Hazaras (au nord) regardent, eux, vers leurs cousins Iraniens. Ce puzzle démontre bien la complexité de cet Etat multiethnique et explique aussi les difficultés rencontrées par l'opposition de se structurer dans la perspective du renversement éventuel du régime des taliban.

Le grand jeu

Un terme qui revient très souvent et qui fait allusion aux écrits de l'écrivain britannique Rudyard Kipling. Le grand jeu (big deal) nous ramène à la fin du XIXe siècle lorsque Britanniques et Russes s'entre-déchiraient pour contrôler cette région qui va de la Mer Caspienne jusqu'aux mers du sud en passant par l'Afghanistan. Au XXe siècle, la Grande-Bretagne a été remplacée par les Etats-Unis, tandis que la Russie faisait place à l'Union soviétique. Les enjeux n'étaient plus réellement la colonisation effective de ces Etats de la région, mais le contrôle des routes devant acheminer les richesses pétrolières ou gazières. Après 1989 et la défaite soviétique en Afghanistan, le Grand jeu s'est résumé quelque temps en Afghanistan à une lutte d'influence entre le Pakistan et l'Iran. L'Iran des Ayatollahs étant inacceptable pour les Etats-Unis, Washington s'est donc tourné vers le Pakistan. Mais un autre acteur a joué un rôle prépondérant: l'Arabie saoudite. Le riche Etat pétrolier a toujours mené une politique à différentes vitesses. Proche des Etats-Unis pour des question d'or noir et stratégiques, l'Etat du roi Fayçal est devenu à acteur incontournable en Afghanistan grâce à son soutien financier aux islamistes purs et durs et en particulier à Oussama ben Laden. Désormais, depuis le 11 septembre, le Grand jeu a repris toute sa raison d'être dans cette région du monde. Mais, s'il faut toujours compté sur les grands acteurs que sont les Américains et les Russes, on ne peut plus perdre de vue le rôle grandissant du voisin chinois et celui de l'Islam.

Massoud

Jusqu'au 9 septembre, le commandant de l'Alliance du nord, la rébellion opposée aux taliban, apparaissait comme le candidat tout désigné au pouvoir en ca s de renversement du pouvoir. Surnommé le Lion du Panshir (sa région d'origine dans le nord-est de l'Afghanistan), cet architecte d'origine tadjike n'avait pourtant jamais pu faire oublié à la population le flop de son arrivée à Kaboul au milieu des années 90. Incapable de contrôler les différentes composantes de l'Alliance du Nord, Massoud a rapidement dû constater l'échec de sa prise de pouvoir. L'anarchie a ensuite régné en maître en Afghanistan, faisant des dizaines de milliers de victimes dans la population civile, ce qui a fait le lit des taliban.

Madrasa

Il s'agit simplement du terme qui désigne les écoles religieuses de l'Islam. Certaines villes notamment Khiva en Ouzbékistan disposaient dans le temps de certaines cités essentiellement consacrées à l'apprentissage de la religion. Ces lieux de culte sont souvent de véritables écrins archéologiques. Dans le conflit actuel, les madrasas sont présentées comme le creuset des taliban. C'est dans des lieux de ce type, notamment au Pakistan, qu'ont été formés les plus rabiques des taliban. A l'interprétation très restrictive de la loi coranique est venue s'ajouter, en Afghanistan, la culture très misogyne des Pachtounes, ce qui explique le rôle rétrograde accordé aux femmes dans la religion prônée par les taliban. Ce fondamentalisme taliban énerve les fondamentalistes iraniens qui y voient un islam dévoyé. Pas question donc de mettre tous les fondamentalismes dans le même sac. Le seul point commun entre les écoles iranienne et afghane c'est leur opposition à l'Occident. Pour le reste, tout les sépare et les Iraniens souhaitent en finir aussi rapidement que possible avec cette interprétation gênante à leurs yeux de l'Islam.

Pakistan

Etat apparu en 1947, il n'est jamais parvenu à faire taire les tensions avec l'Inde voisine. L'Inde qui s'est tournée stratégiquement vers l'URSS, tandis que le Pakistan cherchait un soutien du côté de la Chine et des Etats-Unis. Au fil des années et des guerres, ces deux Etats ont acquis la puissance nucléaire. Longtemps laïc, l'Inde est aujourd'hui gouvernée par le BJP, un parti hindouiste. Le Pakistan, musulman, a vu se développer, de son côté, un régime islamiste de plus en plus dur. Une carte religieuse jouée, selon de nombreux experts, pour faire oublier les nombreuses défaites militaires. Incapable de s'entendre jusqu'ici, le sous-continent indien vit toujours un équilibre précaire sous le règne de la terreur.

Taliban

Pluriel du mot taleb, littéralement étudiant en théologie, la cible des Américains, avec le mouvement al-Qaïda (la base) créé par Oussama ben Laden. Les taliban sont arrivés au pouvoir à Kaboul en 1996 avec l'appui du Pakistan et au moins l'accord tacite des Etats-Unis. Société politico-religieuse aux contours mal définis elle est contrôlée d'une main de fer par le mollah Omar, chef d'une Shura, un comité d'une dizaine de fidèles qui prend toutes les décisions. Le mouvement des taliban, installé dans la ville de Kandahar, a imposé au fil des années une interprétation impitoyable de l'Islam dans un Etat qui, jusque-là, passait pourtant pour assez libéral. Depuis le 11 septembre, le Pakistan a lâché progressivement les taliban dans l'espoir de pouvoir replacer les représentants les moins extrémistes de ce pouvoir dans un nouveau gouvernement d'union national. Ce plan devrait permettre à Islamabad de conserver une certaine emprise sur la région.

Zaher Chah

L'ancien roi d'Afghanistan, 87 ans, est souvent présenté comme le seul ciment possible entre les diverses ethnies du pays. Zaher Chah a régné quarante ans sur son pays, de 1933 à 1973, avant d'être renversé par son cousin qui a ouvert la voie à 28 ans de désastre. Souverain sans envergure durant son règne, ce Pachtoune persophone, apparaît aujourd'hui pour nombre d'Afghans comme le symbole des années d'or de ce pays ravagé.

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