Le Soudan, le pays de la guerre éternelle

H.L
Le Soudan, le pays de la guerre éternelle
©Photonews

Du nord au sud, la plus vieille guerre d'Afrique se poursuità l'abri des regards indiscrets

ENVOYÉ SPÉCIAL AU SOUDAN HUBERT LECLERCQ

KHARTOUM La saison des pluies vient à peine de tirer sa révérence dans l'est africain. Certaines zones du sud Soudan ont souffert de trombes d'eau qui ont mis à mal les frêles habitations qui parsèment notamment le paysage dans la province de Bahr el-Ghazal.

Choc des images. Des cyclistes en haillons, juchés sur des machines chinoises impeccables, croisent régulièrement des petits groupes d'hommes, de deux à cinq, se baladant dans le bush, la Kalachnikov sur l'épaule. Même si le front est relativement calme pour l'instant, saison de pluie oblige, les rebelles du sud Soudan ne déposent jamais les armes. `Question d'habitude´, sourit en haussant les épaules, le responsable local du SPLA (l'armée de libération du sud Soudan).

C'est que le Soudan, le plus grand pays d'Afrique avec ses 2.505.813km2 (plus de 80 fois la Belgique), n'en finit pas de s'enfoncer dans une guerre éternelle. Le pays est coupé en deux. Au nord, le régime officiel de Khartoum, qui applique la charia, la loi coranique. Au sud, des peuplades éparses, animistes ou chrétiennes, qui refusent les injonctions de Khartoum, la capitale, dominée par le général el-Bechir, un militaire installé au pouvoir depuis son coup d'Etat de 1989. Ces tribus du sud sont essentiellement regroupées au sein d'un mouvement, le SPLA, dirigé par John Garang.
Depuis son indépendance, en 1956, le Soudan n'a jamais connu la paix et la situation n'a fait que de s'empirer.

Depuis sa réélection en décembre 2000 pour un nouveau mandat de cinq ans, le président el-Bechir prétend pourtant entamer une courbe rentrante et parle de négociation avec le sud.

Le nouveau nerf de la guerre

En dix ans, le général-président est parvenu à prendre en main tous les organes du pouvoir de l'Etat. Son dernier adversaire, l'idéologue du nord Soudan, le docteur Hassan el Tourabi, ancien président du Parlement, a été placé en résidence surveillée à la fin du mois de mai 2001. Raison évoquée, el Tourabi aurait tenté de signer un accord avec les responsables du sud sans en avertir le président. Des accusations que l'ancien homme fort de Khartoum dément avec virulence.

En écartant celui que nombre de responsables occidentaux - et notamment les Etats-Unis - considéraient comme la tête pensante d'un régime islamiste pur et dur, le président souhaite envoyer un message clair. Pour lui, Khartoum est redevenu un interlocuteur fréquentable.

Un revirement présidentiel qui s'explique surtout par sa volonté de trouver de nouveaux débouchés pour les importants gisements de pétrole découverts dans l'est du pays. Dans ce contexte, un rabibochage avec les Etats-Unis est primordial après les années mouvementées et les accusations portées par Washington contre le Soudan pour son soutien au terrorisme international.

Mais cette manne de dollars n'est pas faite pour faciliter les éventuelles tractations de paix ni, surtout, le sort des tribus qui vivent dans ces régions. Pour exploiter en toute tranquillité cet or noir, essentiellement grâce à des investissements chinois et malaisiens jusqu'ici (mais les compagnies américaines et d'autres sociétés européennes sont dans les starting-blocks), les forces armées gouvernementales n'ont pas hésité à déplacer de force des milliers de personnes recasées à la sauvette dans la grande périphérie de Khartoum.

Le pétrole est devenu une nouvelle raison du conflit entre le Nord et le Sud. `Khartoum empoche tout, alors que les gisements se situent dans des zones du sud´, explique un des représentants de John Garang. Du coup, le mouvement a pris l'habitude de saboter les exploitations pétrolières et le gigantesque pipe-line censé acheminer l'or noir vers les ports du nord.

Un nouveau motif pour justifier, selon Khartoum, une multiplication des raids aériens sur le sud du pays. Une fois de plus, ce sont les populations civiles qui paient le plus lourd tribut.

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