Israël élimine Cheikh Yassine voulant réduire en cendres le Hamas

Israël élimine Cheikh Yassine voulant réduire en cendres le Hamas
©EPA

Cheikh Yassine, 67 ans, a été tué sur sa chaise roulante à la sortie de la mosquée du quartier de Sabra

GAZA L’armée israélienne a assassiné lundi le chef suprême du Hamas, cheikh Ahmad Yassine, dans un raid aérien à Gaza, infligeant un coup dur à ce mouvement islamiste palestinien et provoquant des menaces de vengeance et une vague de protestations dans les territoires palestiniens.

L’assassinat de cheikh Yassine, dont le groupe a revendiqué la plupart des attentats sanglants anti-israéliens ces dernières années, a aussi suscité de nombreuses condamnations dans le monde alors que les Etats-Unis ont affirmé n’avoir pas été informés à l’avance qu’Israël se préparait à cette opération.

Quelque 200.000 Palestiniens, criant vengeance, ont accompagné cheikh Yassine vers sa dernière demeure lors d’imposantes obsèques à Gaza où le fondateur du Hamas était très populaire. Cheikh Yassine, 67 ans, qui était paraplégique, a été tué peu après 05h00 locales (03h00 GMT) dans un raid d’hélicoptères alors qu’il sortait d’une mosquée du quartier de Sabra, après la prière de l’aube, dans son fauteuil roulant poussé par deux gardes du corps.

Un hélicoptère a tiré trois roquettes dans sa direction. Sept autres personnes ont péri dans le raid qui a fait quinze blessés dont deux des trois fils du dirigeant intégriste. Le Premier ministre israélien Ariel Sharon qui, selon la radio publique, a personnellement supervisé l’opération, a félicité ses services de sécurité et justifié cet assassinat en affirmant que cheikh Yassine était «le premier des assassins et des terroristes palestiniens ».

«La guerre contre le terrorisme n’est pas finie. Elle se poursuivra quotidiennement partout », a-t-il ajouté au Parlement devant les députés de son parti, le Likoud, laissant entendre qu’Israël poursuivrait ses raids contre les autres membres de la direction du Hamas. L’armée israélienne, qui a indiqué dans un communiqué avoir tué cheikh Yassine dans «une opération ciblée », a aussitôt bouclé totalement la Cisjordanie et la bande de Gaza de crainte d’attentats palestiniens.

La branche armée du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, a promis de riposter par un «tremblement de terre ». «Celui qui a pris la décision d’assassiner cheikh Yassine a, en fait, décidé de tuer des centaines de sionistes », a-t-elle indiqué dans un communiqué. Les Brigades des Martyrs d’Al-Aqsa, groupe armé issu du Fatah de Yasser Arafat, ont affirmé que «des milliers » d’Israéliens, en tête desquels M. Sharon et son ministre de la Défense Shaoul Mofaz, payeraient le prix pour cet assassinat. Dans un communiqué, le groupe a appelé toutes les factions palestiniennes à «proclamer une guerre sans merci contre le peuple sioniste ».

Avançant lentement dans les rues de Gaza, des activistes de l’aile militaire du Hamas, encagoulés et armés de fusils, ont porté la dépouille de cheikh Yassine de l’hôpital al-Chifa vers «le cimetière des martyrs ».

«Il nous a appris le martyre et le sacrifice et nous lui promettons de rester sur cette voie », a lancé Ismaïl Haniyé, son principal assistant et l’un des dirigeants politiques du Hamas, en haranguant la foule dans la mosquée al-Omari, où une prière pour le mort a été récitée.

«Notre cheikh s’en est allé, notre maître s’en est allé. Il a toujours voulu rejoindre son créateur en martyr », a-t-il ajouté d’une voix tremblante. Durant les protestations en Cisjordanie et à Gaza, de violents accrochages ont opposé des manifestants en colère à des soldats israéliens. Des manifestations, dispersées à coups de balles caoutchoutées et de grenades lacrymogènes, ont eu lieu dans toutes les villes, faisant deux morts et des dizaines de blessés.

Le dirigeant palestinien Yasser Arafat a dénoncé le «crime barbare » d’Israël et décrété trois jours de deuil dans les territoires palestiniens. L’assassinat a été condamné par les pays arabes, l’Union européenne et plusieurs autres capitales dans le monde.

«Les Etats-Unis n’ont pas été prévenus à l’avance » du raid, a assuré la conseillère de la Maison Blanche pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, tout en affirmant que cheikh Yassine était «très impliqué dans le terrorisme ».

Mais le Hamas a affirmé que cette opération n’aurait pas pu être menée sans le feu vert américain. La présidence de l’Autorité palestinienne a annoncé que M. Arafat recevrait dans la soirée dans son QG de Ramallah en Cisjordanie les condoléances pour la mort de cheikh Yassine.

En signe de deuil, la radio officielle de l’Autorité palestinienne, la Voix de la Palestine, a diffusé des versets du Coran et des chants patriotiques. Les écoles des territoires palestiniens ont également été fermées


Condamnation unilatérale

L'Union européenne a officiellement condamné l'assassinat. Auparavant, de nombreux dirigeants européens ont dénoncé la liquidation de cheikh Yassine et se sont inquiétés de ses conséquences. Parmi les condamnations, celles du haut représentant de pour la politique étrangère de l'UE, Javier Solana, et du ministre des Affaires étrangères français, Dominique de Villepin.

Son homologue belge, Louis Michel, a qualifié cet attentat meurtrier d'"inacceptable" et de "source de grande préoccupation pour la continuation du processus de paix". "Des actions extra-judiciaires de ce type ne peuvent être légitimées d'aucune manière", a-t-il ajouté. Pour sa part, le secrétaire au Foreign Office Jack Straw n'a pas mâché ses mots en qualifiant lui aussi le raid d'"inacceptable", tandis que son homologue allemand Joschka Fischer a souligné que "le gouvernement allemand (était) très inquiet de l'évolution de la situation".

Les autorités religieuses musulmanes au Moyen-Orient, sunnites comme chiites, se sont élevées contre cet assassinat. La plus haute autorité de l'islam sunnite, l'imam d'Al-Azhar, considéré comme un modéré, a appelé au "châtiment (des) meurtriers".
"Il s'agit d'un crime abject qui va secouer le monde entier"
, a déclaré cheikh Mohamed Sayyed Tantaoui. De semblables condamnations sont venues de l'influents dignitaire chiite libanais Hussein Fadlallah et du chef chiite radical irakien Moqtada Sadr, mais aussi des Frères musulmans égyptiens et des islamistes jordaniens.

Le Vatican a estimé que l'assassinat du fondateur du Hamas était "un acte de violence qui ne saurait être justifié dans aucun Etat de droit".
Enfin, dans les territoires palestiniens bien sûr, mais aussi en Egypte et en Irak, l'annonce de la mort du dirigeant du Hamas a provoqué la colère et d'importantes manifestations appelant à la vengeance.
Ces manifestations ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés du Liban, et des milliers d'autres dans les universités égyptiennes. A Mossoul (nord de l'Irak), des centaines de jeunes ont protesté contre Israël.

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