Le Hamas à terre mais pas enterré

Avec l'assassinat lundi par Israël de cheikh Ahmad Yassine, le Hamas a perdu sa figure la plus charismatique mais ce revers terrible ne constitue pas un coup fatal pour le mouvement islamiste palestinien en raison de sa solide implantation dans les territoires occupés.

"Le Hamas est une organisation bien structurée avec une hiérarchie claire. Par conséquent, la perte de l'un de ses chefs constitue un coup dur à court terme", a affirmé l'analyste palestinien Ali Jerbawi. "Mais pour la même raison, il ne fait aucun doute que sa large assise et le niveau de son organisation sur le terrain feront en sorte que le Hamas ne sera pas réellement affecté", a-t-il ajouté.

A cour terme, personne ne semblait en mesure de remplacer cheikh Yassine, un personnage charismatique qui jouait un rôle central au sein du Hamas. Les autorités israéliennes considèrent qu'il était directement impliqué dans les décisions de type militaire.Dans la bande de Gaza, les trois principaux responsables du mouvement sont désormais Abdelaziz al-Rantissi, tenant de la ligne la plus extrême, Mahmoud al-Zahar et Ismaïl Haniyé, qui était l'assistant personnel de cheikh Yassine.

Les deux premiers ont échappé de justesse l'an dernier à des tentatives d'élimination de l'armée israélienne. Le Hamas a été fondé par cheikh Yassine au début de la première Intifada (1987-1993), mais sa popularité est montée en flèche depuis le déclenchement de la seconde Intifada, fin septembre 2000.

Il est surtout implanté dans les milieux déshérités de la bande de Gaza, qui sont les premiers bénéficiaires de son vaste réseau d'aide sociale, notamment dans le domaine de l'éducation et de la santé. Tous les sondages montrent que le Hamas vient en seconde place concernant le soutien populaire, derrière le Fatah de Yasser Arafat.

Cheikh Yassine, un paraplégique de 67 ans, père de neuf enfants, qui ne se déplaçait qu'en chaise roulante, était, avec sa voix haut perchée, la figure la plus connue du Hamas. Son portrait orne les murs de nombreuses maisons dans les territoires et ceux de cellules de prisonniers palestiniens en Israël.

Dans un entretien publié la semaine dernière sur le site internet de la branche militaire du Hamas, les Brigades Ezzedine Al-Qassam, cheikh Yassine avait affirmé qu'Israël ne parviendrait jamais à porter un coup fatal au Hamas. "Israël a tenté plus d'une fois de détruire le Hamas et à chaque fois le mouvement en est sorti plus fort qu'auparavant", disait-il.

Dans la perspective d'un éventuel retrait d'Israël de la bande de Gaza envisagé par le Premier ministre Ariel Sharon dans le cadre de son plan de séparation unilatérale d'avec les Palestiniens, le Hamas avait manifesté son intention de participer à la vie politique dans la bande de Gaza et à la gestion des affaires de ce territoire, dont il était jusqu'ici resté à l'écart.

Farouchement opposé aux accords d'Oslo de 1993 sur l'autonomie palestinienne qui avaient débouché sur la création de l'Autorité palestinienne, le Hamas prône la création d'un Etat islamique sur l'ensemble de la Palestine de la Méditerranée au Jourdain, c'est-à-dire englobant Israël, dont il préconise la destruction.

Le Hamas avait refusé de participer aux élections organisées en 1996 dans les territoires occupés. "Le Hamas a clairement affirmé qu'il n'avait aucune intention de prendre le contrôle de la bande de Gaza après un retrait (israélien) et qu'il chercherait à s'impliquer dans la vie politique en participant aux élections, mais Israël ne le croyait pas", a indiqué M. Jerbawi.

"Ce n'est pas fini", a poursuivi M. Jerbawi à propos des Israéliens. "Ils vont éliminer l'ensemble de la direction politique. En tuant Yassine, ils ont envoyé un message clair: si vous commencez par le sommet, vous descendez ensuite tous les échelons de la hiérarchie"

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