Celle par qui le scandale éclata

H. Le.

Christine Deviers-Joncourt signe un nouvel ouvrage dans lequel elle règle ses comptes et déballe les sales affaires françaises

BRUXELLES «L'affaire nest pas finie. Je me battrai jusqu'au bout. Moi, j'ai déjà tout perdu et je tiens à ce que les vrais responsables paient un jour pour leurs actes.»

Christine Deviers-Joncourt, celle qui fit éclater ce qu'elle appelle aujourd'hui «le plus grand scandale français de ces cinquante dernières années», n'a pas fini de se faire entendre. CDJ, comme elle se nomme elle-même dans son nouvel ouvrage, ne veut plus entendre parler de la putain de la République, titre de son premier ouvrage dans lequel elle déballait au grand jour le fameux dossier des frégates françaises vendues par la société Thomson à Taïwan au début des années 90.

Alors, pour se donner une nouvelle image, elle a décidé non seulement de parler encore de l'affaire, mais aussi d'elle, de sa jeunesse et de son parcours. «Histoire de montrer que je suis une femme comme les autres. Une mère de famille qui a élevé deux enfants et qui est restée dans ses casseroles jusqu'à ses 40 ans.»

Mais, inévitablement, CDJ, c'est d'abord et avant tout le dossier des frégates et des somptueuses commissions qui accompagnées leur vente.

Lorsqu'on lui demande qu'elle fût son rôle dans toute cette affaire, elle sourit et se lance dans une longue explication où son léger accent du sud prend régulièrement le dessus. «J'étais relation publique chez Elf. Ce qui m'a d'ailleurs permis de pas mal voyager, notamment en Afrique avec Alfred Sirven. Pour ce boulot, j'étais payée 45.000 francs français (+/- 6.500 €) par mois. Cela peut paraître énorme, mais je travaillais vraiment et ce n'était pas du fictif. Au tournant des années 90, Thomson est sur le point de signer le contrat du siècle avec Taïwan. Le marché des frégates est un enjeu immense pour la France. Les carnets de commande sont presque vides et cette vente doit permettre de donner du boulot à pas mal de monde. Mais à cette époque, le monde est en plein chamboulement. Chute du mur de Berlin, Perestroïka, la chute des Ceaucescu, la place Tiananmen... Bref, la diplomatie française a pal mal de pain sur la planche et le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Roland Dumas, ne paraît pas percevoir l'importance de ce contrat. En tout cas, il a tellement de dossiers à traiter que les choses s'enlisent et que Taïwan menace d'aller frapper à la porte de la concurrence pour ses frégates.»

C'est dans ce contexte que M. Gomes, le président de Thomson, devenu Thales depuis lors, demande un coup de main à Elf pour faire pression sur le ministre. En échange de ce service, Thomson promet de rétribuer Elf à hauteur d'1% du montant du contrat, soit 120 millions de FF.

Pour CDJ, ça tombe plutôt bien, elle connaît Roland Dumas et ne cache pas qu'elle en est tombée amoureuse. «Je me rendais donc très régulièrement au Quai des Orfèvres pour rencontrer Roland. C'était du boulot mais aussi un plaisir. J'étais vraiment amoureuse de cet homme avec lequel je vais vivre dix années magnifiques... Avant de connaître huit années de cauchemars et ce n'est pas fini.»

Le contrat sera finalement signé mais tant Elf que CDJ ne verront jamais la couleur de l'argent promis par Thompson. Comment expliquer que cette multinationale qui venait de signer l'un de ses plus gros contrats ait accepté de prendre le risque de se retrouver devant les tribunaux pour 1 malheureux pour cent?

«Il y a deux possibilités, explique CDJ. Soit Thomson navait plus cet argent parce que son président l'avait déjà détourné vers d'autres objectifs, soit, comme je suis de plus en plus en droit de le penser, parce que quelqu'un, chez Elf, avait empoché l'argent de manière illicite et Thomson ne voulait pas payer deux fois pour la même somme.» CDJ, elle, avait reçu la somme promise par son employeur Sirven, soit 0,5% ; soit 60 millions de FF. Et c'est à partir de ce moment que tout s'est compliqué. Pour les juges, cette petite bonne femme à la langue trop bien pendue et aux manières un peu trop outrancières devenait une cible évidente. Pas question pour les magistrates Joly et Vichniewski d'entendre parler du dossier des frégates. Pour elles, CDJ, Sirven et même Le Floch-Prigent, le boss d'Elf, étaient des petites frappes coupables d'avoir voulu détourner de l'argent chez Thomson.

Tout ce beau petit monde s'est donc retrouvé devant les tribunaux français sur des bases plus que ténues alors que le dossier Elf contre Thomson avait été jugé à Genève et que le cour internationale avait donné raison à la société pétrolière...

Christine Deviers-Joncourt, Corrution, une affaire d'Etats, Ed. du Rocher.

© La Dernière Heure 2005

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