Au procès des attentats de Paris, Salah Abdeslam indigne les victimes dans la salle : "Ne laissez pas la rancoeur vous dévorer de l’intérieur"

Le principal suspect des attentats de Paris a raconté, pour la première fois, ce qu'il s'était passé lors des attentats de Paris.

Au procès des attentats de Paris, Salah Abdeslam indigne les victimes dans la salle : "Ne laissez pas la rancoeur vous dévorer de l’intérieur"
©AFP

Après les interrogatoires de Yassine Atar et Ali El Haddad Asufi, la cour a repris l'audition de Salah Abdeslam, écourtée ce mercredi. Il a révélé hier avoir renoncé à se faire exploser dans un café du 18e arrondissement. "En voyant les gens rigoler, danser, j’ai compris que je n’allais pas le faire. Je suis sorti du café. Je n’ai pas renoncé par peur, j’ai renoncé par humanité", avait-il avancé.

20h20 : L'audience est levée

L'interrogatoire de Salah Abdeslam se poursuivra demain.

20h : "J'assume mes responsabilités"

Les questions des avocats des parties civiles à Salah Abdeslam se poursuivent. A l'une d'elle il répond : "Aujourd'hui je suis là, j'assume mes responsabilités, j'assume ce que j'ai fait. " Me Gerard Chemla lui demande s'il a été soumis son frère. "Moi je ne suis pas soumis à qui que ce soit dans le box. Je ne suis soumis à personne à part mon seigneur"

19h53 : Une sortie d'Abdeslam intensifie le malaise dans la salle

« Je pense que les victimes qui ont témoigné, j’ai vu en eux qu’ils sont ressortis plus forts, plus cultivés, ils ont acquis des qualités qui ne peuvent s’acquérir que grâce à ces épreuves. Ils ont tout mon respect ». Une partie civile applaudit, plein d’ironie. « Bravo ! ». Il se lève et quitte la salle. Il poursuit : « Ne laissez pas la rancoeur vous dévorer de l’intérieur. Vous êtes dans une position de force et moi de faiblesse. Vous êtes dans une position de pardonner, d’avancer et peut être un jour me laisser retrouver ma famille…" Une victime crie dans la salle : "Jamais ! Jamais! »

Le président poursuit : "Je me demande si on ne va pas arrêter pour ce soir". Ce à quoi Abdeslam répond : "Je m'excuse si j'ai froissé des personnes. J'entends votre colère et votre haine et je vous laisse..."

19h31 : Retour sur un trajet en taxi qui reste flou

Me Christidis redonne la chronologie des attaques : "Quand vous vous garez place Albert Kahn, tout a déjà commencé et le Bataclan est en cours. Dans le taxi après, il y avait la radio, qu'est-ce ça vous a fait d'entendre le nombre de blessés, de morts?" "Ca a augmenté ma détresse à ce moment-là.", répond-t-il. "Vous avez parlé de quoi avec le chauffeur de taxi?" "Bah à votre avis, des attentats. Il m'a dit que tout Paris était bloqué", rétorque Abdeslam. "Le chauffeur de taxi (celui qu'il a pris du 18e arrondissement à Montrouge selon lui) était maghrébin, musulman, il m'a dit que tout allait retomber sur nous (après les attaques), la stigmatisation des musulmans." explique-t-il.

19h20 : "Pour beaucoup de personnes ici, je suis la cause de tous ces décès"

Me Cerceau, avocate de victimes : "Il y a 15 jours, vous avez vu des images de jeunes, de moins jeunes qui sont morts. Qu'est-ce que vous avez ressenti ? A quoi tout cela a-t-il servi ? Je sais que vous les avez regardées" Elle parle des images de la scène de crime au Bataclan. Salah Abdeslam avale sa salive, puis répond : "Ben tout d’abord, j’ai éprouvé de la compassion pour toutes ces personnes qui sont décédées. C’est des scènes d'horreur qu'on voit aujourd'hui en Ukraine. Bien sûr, c'est difficile de regarder ça et dire que j’ai participé à ça, même si j'ai pas tué. Pour beaucoup de personnes ici, je suis la cause de tous ces décès"

18h53 : "J’étais dans un état de sidération"

"Est-ce que vous en voulez à votre frère ?", demande l'avocat général. "Non, je ne lui en veux pas, parce que c’est mon frère. Il avait des convictions, il est allé au bout. Je lui en veux pas".

"On a du mal à vous croire", dit un avocat. "C’est ma dernière chance de m’exprimer. Je le fais aussi pour moi, si cette vérité vous convient pas, je m’en fiche. Je dis ma vérité, celui qui veut pas l’entendre je m’en fiche », insiste Abdeslam.

"Moi mon objectif était d’enclencher ma ceinture dans un café, pas de faire le maximum de morts.. J’étais dans un état de sidération", se défend Abdeslam. "A aucun moment vous vous dites que vous pouvez empêcher ça (les attentats) ? Il suffisait d’appeler la police, insiste Me Sebban. "Dans la position dans laquelle j’étais, je pense pas que j’étais en mesure d’empêcher quoi que ce soit"

18h43 : "Un homme en détresse"

Nicolas Braconnay revient sur les paroles de l'accusé Oulkadi qui a vu Abdeslam le 14 novembre 2015 : "un homme en détresse".

"Mais vous êtes en détresse pourquoi, on a l’impression que vous pleurez sur votre sort ?" "Oui, on peut dire ça", répond Salah Abdeslam.

18h36 : "Absolument incompatibles avec la réalité"

L'avocat général note qu'hier, Abdeslam a dit qu'il ne savait pas qu'il était le "10e" des commandos parisiens. Or, Hamza Attou (arrêté le 14 novembre après avoir ramené Abdeslam de Montrouge) l'a dit aux policiers le 18/11/2015 en audition. "Il ne le sait que de vous".

Salah Abdeslam soutient que tout le monde le savait. L'avocat général le reprend : "Non, le lendemain, la revendication parle de "8 frères", même les autorités ne sont pas au courant".

"J'ai pas d'autres réponses à vous donner", répond Abdeslam. "Je note que vos réponses sont absolument incompatibles avec la réalité", lui répond Nicolas Braconnay, avocat général du PNAT.

18h23 : "Je file vers le sud"

L'avocat général l'interroge sur les repérages des cibles avec son frère, dont Salah Abdeslam a parlé hier. "On va sortir, on va marcher un peu, on va aller vers le Stade de France. Et ensuite on va reprendre le taxi, on va se diriger vers le 18e". L'avocat général lui demande quelle adresse il a donné au taxi ensuite pour aller à Montrouge ? Comment savait-il qu'il allait à Montrouge ? Abdeslam : "Je lui ai demandé de rouler vers le sud "Pourquoi le sud ?", lui demande l'avocat général."Pour m’éloigner de Paris. Je veux quitter la zone rouge. Je file vers le sud, j’ai plus beaucoup d’argent, je regarde le compteur et je dis au taxi de s’arrêter. Je donne pas l’adresse de Montrouge", et il jette la ceinture explosive dans une poubelle.

18h : "Je ne crois pas être un remplaçant"

Salah Abdeslam affirme avoir été informé du projet d'attentats dans la nuit du 11 au 12 novembre. Plusieurs éléments font douter le procureur antiterroriste : les lignes téléphoniques coupées dans la nuit du 10 au 11, ses frères qui parlent d'un voyage au ski à leur mère.

"Abaaoud va me convaincre de participer au 13/11 et je vais finir par accepter. Je ne crois pas être un remplaçant (d’Abrini), il y a eu une conversation avec Abaaoud, mon frère et moi. Ça a pris le temps pour que j’accepte", dit l'accusé. Il ajoute que la présence de son frère, Brahim Abdeslam, a beaucoup joué. "C’est pour ça que j’ai accepté."

Le procureur l'interroge sur la raison pour laquelle il a accepté, soulignant le fait qu'il n'était pas très aguerri. "L’Etat islamique a fait des appels en disant attaquez-les avec un couteau, dans la rue…' Il ne faut pas spécialement être aguerri. C’est l’appel au djihad", répond Abdeslam.

17h46 : Salah Abdeslam dément avoir évolué dans ses déclarations

"Vous conviendrez qu’il y a un avantage à choisir le moment où on parle, on peut adapter ses nouvelles explications", soulève Nicolas Braconnay, l'avocat général. "Il nous est apparu que ces nouvelles explications collaient à l'audience".

Salah Abdeslam dément et maintient qu'il allait chercher des personnes "dans un but humanitaire". "Je ne savais pas que c'était pour des attaques terroristes", ajoute-t-il. L'avocat général lui demande alors pourquoi il ressentait de l'adrénaline s'il ne s'agissait que d'un rapatriement humanitaire, ce à quoi l'accusé rétorque que c'est parce que c'est illégal et punissable par la loi en Belgique.

L'avocat général continue son interrogatoire et évoque les incohérences dans le récit de l'accusé. "Vous nous avez dit hier avoir été recruté à Charleroi le 11 novembre pour les attentats, mais il y a des incohérences", pointe-t-il, en parlant d'argent. "J'ai recrédité mon compte pour faire des locations, pour l'appartement d'Alfortville par exemple", répond Abdeslam, qui indique être au courant que cet argent provient de l'Etat Islamique.

"Vous avez le rôle principal dans les locations et vous n'êtes pas au courant du projet du 13 novembre", s'étonne l'avocat général. "Quand mon frère me demande de faire tout ça, je ne pose pas de questions. Je ne demande pas d'où vient l'argent", se défend Salah Abdeslam.

L'interrogatoire se déroule sans aucune agressivité.

17h40 : La 1ère assesseure rappelle à l'accusé ses premières déclarations

À l'époque, il avait dit devoir aller au Stade de France pour se faire exploser, avoir roulé au hasard et lâché sa voiture (sans parler de panne) pour prendre le métro. "Je ne voulais pas tout déballer. J'essayais de minimiser. J'ai essayé de cacher le bistrot dans le 18ème", répond Abdeslam. "Ça m'incriminait davantage. C'était moins grave de dire que je devais tout de suite aller au Stade de France me faire exploser", estime-t-il. "Vous comprenez qu’on puisse se poser des questions sur la mission qui était la votre", pointe l'assesseure.

17h30 : L'interrogatoire reprend

Le président demande à Salah Abdeslam pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour parler. "Si vous aviez donné ces explications vous n'auriez peut-être pas eu ce traitement médiatique dont vous vous plaignez", a-t-il relevé.

L'accusé parle d'acharnement lors de son arrestation. "En plus de la balle que j’ai reçue dans la jambe, on m’a tabassé, on m’a maltraité", assure-t-il, avant d'ajouter : "Je gardais le silence car je devais le faire c'est une chose qu'on m'avait dite quand j'étais en planque : si tu te fais attraper, tu ne parles pas".

"Après on a dit de moi tout et n'importe quoi. On a créé le personnage de monstre dépourvu d'humanité. J'ai laissé cette image grandir. Maintenant j'ai l'occasion de m'exprimer à nouveau", explique Salah Abdeslam, qui évoque les autres accusés qui ont donné leur déposition et "de la matière pour les juger".

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